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Retraite du dirigeant et du travailleur non salarié : le guide complet 2026
Un salarié n'a pas à se demander s'il cotise pour sa retraite : c'est automatique. Un dirigeant, lui, décide chaque année de la forme et du montant de sa rémunération. Et chacune de ces décisions a une conséquence directe, souvent invisible sur le moment, sur la retraite qu'il touchera vingt ou trente ans plus tard.
Se verser des dividendes plutôt qu'un salaire, rester sous un seuil de revenus, choisir une SAS plutôt qu'une SARL : autant de choix qui optimisent le présent, parfois au prix d'une retraite très faible.
Ce guide fait le point sur les règles qui s'appliquent selon votre statut, sur les pièges les plus coûteux, et sur les leviers pour construire une retraite à la hauteur de vos revenus d'activité.
Votre statut décide de votre caisse de retraite
La première question n'est pas « combien je gagne », mais « sous quel statut social ». Il détermine à quelles caisses vous cotisez, combien, et quels droits vous obtenez.
| Votre situation | Statut social | Retraite de base | Retraite complémentaire |
|---|---|---|---|
| Président de SAS ou SASU, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL (rémunéré) | Assimilé salarié | Régime général (Assurance retraite) | Agirc-Arrco |
| Gérant majoritaire de SARL, gérant associé unique d'EURL, entrepreneur individuel (artisan, commerçant) | Travailleur non salarié (TNS) | Régime des indépendants, géré par l'Assurance retraite | Retraite complémentaire des indépendants (RCI) |
| Micro-entrepreneur (activité commerciale ou artisanale, ou libérale non réglementée) | TNS | Régime des indépendants | RCI |
| Profession libérale réglementée (médecin, architecte, expert-comptable, notaire…) | TNS | CNAVPL (commune à toutes les sections) | Caisse de la profession (CARMF, CIPAV, CAVEC…) |
| Avocat | TNS | CNBF | CNBF |
Deux points pratiques :
- Les libéraux non réglementés (consultants, formateurs, coachs…) installés depuis 2018 relèvent en principe du régime des indépendants, et non plus de la CIPAV.
- Une carrière qui passe du salariat au statut d'artisan ou de commerçant ne donne qu'une seule retraite de base : c'est la liquidation unique des régimes alignés (LURA). En revanche, une activité libérale réglementée reste gérée à part.
Valider ses trimestres : attention quand on se rémunère peu
C'est le premier piège, et le plus fréquent en début d'activité.
Au régime général comme au régime des indépendants, un trimestre est validé pour chaque tranche de revenu cotisé équivalant à 150 heures au SMIC, soit environ 1 803 € en 2026 (source CNAV). Pour valider 4 trimestres dans l'année, il faut donc environ 7 212 € de revenus soumis à cotisations.
| Situation | Ce qui se passe pour vos trimestres |
|---|---|
| Président de SAS/SASU sans salaire | Aucun trimestre. Il n'existe pas de cotisation minimale : sans rémunération, pas de droits |
| Président de SAS/SASU avec un petit salaire | Trimestres validés en fonction du salaire versé |
| TNS au réel avec un revenu faible ou nul | Une cotisation minimale de retraite de base permet de valider environ 3 trimestres, même sans revenu |
| Micro-entrepreneur | Pas de cotisation minimale : les trimestres dépendent du chiffre d'affaires. Un faible chiffre d'affaires peut ne valider aucun trimestre |
Une année sans trimestre, c'est une année qui manquera au moment de partir, et donc une décote possible. Les années de création, souvent peu rémunérées, sont précisément celles qui pèsent sur la carrière.
Le bon réflexe : se verser au moins la rémunération qui valide 4 trimestres par an, même en phase de lancement, sauf à disposer par ailleurs de trimestres suffisants.
Comment se calcule la retraite selon le statut
Assimilé salarié
La retraite de base est calculée comme celle d'un salarié : 50 % du salaire annuel moyen des 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026), au prorata des trimestres.
La complémentaire Agirc-Arrco s'acquiert en points, sur le salaire jusqu'à 8 fois ce plafond. C'est ce qui rend le statut intéressant pour les hautes rémunérations : au-delà du plafond, le salaire continue de créer des droits.
Artisan, commerçant, gérant majoritaire
La retraite de base est calculée selon les mêmes règles que celle des salariés, sur vos revenus professionnels soumis à cotisations. La complémentaire RCI fonctionne par points, sur les revenus jusqu'à 4 fois le plafond de la Sécurité sociale.
À revenu égal, elle produit généralement moins de droits que l'Agirc-Arrco, parce que les cotisations sont plus faibles.
Profession libérale
La retraite de base de la CNAVPL fonctionne par points, et non sur un salaire moyen. La complémentaire dépend de votre caisse professionnelle, avec des règles, des cotisations et des valeurs de point propres à chaque profession.
Certaines caisses, notamment dans le secteur médical, y ajoutent un régime supplémentaire financé en partie par l'Assurance maladie.
Ce que ces différences impliquent
À revenu égal, un TNS cotise moins qu'un assimilé salarié, et obtient donc une retraite plus faible. Ce n'est pas une anomalie, mais la contrepartie de charges sociales plus légères : l'économie réalisée pendant la vie active doit être en partie épargnée pour compenser.
Indépendants : ce que change la réforme de l'assiette sociale
Depuis la déclaration des revenus 2025 (celle remplie en 2026), les cotisations des travailleurs indépendants sont calculées différemment. Cotisations et CSG-CRDS reposent désormais sur une assiette unique : le revenu professionnel, sans déduction des cotisations sociales, diminué d'un abattement forfaitaire de 26 %.
L'abattement est encadré : en 2026, il ne peut être inférieur à 845,86 € ni supérieur à 62 478 € (réforme URSSAF de 2026).
Ce que cela change pour votre retraite.
La réforme est conçue pour être globalement neutre sur le montant total prélevé. Mais elle déplace une partie de la charge : moins de CSG-CRDS, qui ne crée aucun droit, et davantage de cotisations de retraite et de maladie, qui en créent. À prélèvement comparable, vos droits à retraite progressent.
Qui est concerné.
Artisans, commerçants, gérants majoritaires de SARL et professions libérales, réglementées ou non. Les présidents de SAS/SASU (assimilés salariés) et les micro-entrepreneurs ne le sont pas.
Un point de vigilance.
Les effets varient selon votre niveau de revenus et votre caisse : la première régularisation, sur les revenus 2025, a pu faire évoluer vos cotisations à la hausse comme à la baisse. Si vous avez souscrit des contrats de prévoyance calibrés sur l'ancien calcul, ils méritent d'être revus.
Salaire ou dividendes : l'arbitrage qui engage votre retraite
Pour un dirigeant de société à l'impôt sur les sociétés, la question revient chaque année : se rémunérer en salaire, en dividendes, ou un mélange des deux.
| Rémunération (salaire ou revenus de gérance) | Dividendes | |
|---|---|---|
| Charges sociales | Élevées, surtout en assimilé salarié | Aucune cotisation en SAS : seulement la flat tax (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026) |
| Déductible du résultat de la société | Oui | Non : versés après impôt sur les sociétés |
| Droits à retraite | Oui | Aucun |
| Prévoyance, indemnités journalières | Oui | Aucune |
Le cas particulier des gérants majoritaires. Dans une SARL ou une EURL à l'IS, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants d'associés est soumise aux cotisations des indépendants. Elle crée donc des droits, mais perd son avantage social.
Les dividendes coûtent moins aujourd'hui, et plus demain
Un dirigeant qui se rémunère exclusivement en dividendes économise des charges, mais construit une retraite quasi nulle : pas de trimestres, pas de points. L'économie réalisée doit alors être épargnée, avec discipline, pour financer lui-même sa retraite.
Une stratégie de rémunération raisonnée
- Au minimum, une rémunération qui valide 4 trimestres par an (environ 7 200 € en 2026).
- Idéalement, une rémunération proche du plafond de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026), qui maximise la retraite de base : au-delà, elle ne progresse plus.
- Au-delà, arbitrer entre davantage de salaire (points de retraite complémentaire), des dividendes et une épargne retraite individuelle, en comparant le rendement de chaque euro.
Cet arbitrage dépend de votre taux d'imposition, du résultat de la société et de vos projets. Il mérite une simulation annuelle avec votre expert-comptable.
Compléter sa retraite : les leviers
Le PER individuel
C'est l'outil central, parce que les versements sont déductibles du revenu imposable, dans des plafonds plus élevés pour les indépendants.
| Statut | Plafond de déduction | Montants 2026 (indicatifs) |
|---|---|---|
| TNS (au réel) | 10 % du bénéfice imposable jusqu'à 8 fois le plafond de la Sécurité sociale, plus 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 fois ce plafond | De 4 806 € au minimum à environ 88 900 € au maximum |
| Assimilé salarié | 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, dans la limite de 8 fois le plafond de cette année-là | De 4 710 € au minimum à 37 680 € au maximum |
Le plafond « assimilé salarié » (déduction du revenu global) peut être reporté sur les cinq années suivantes et mutualisé au sein d’un couple marié ou pacsé. Le plafond TNS, déduit du bénéfice professionnel, ne l’est pas, mais un TNS peut choisir de verser dans le cadre du premier pour en bénéficier (BOFIP)
L'épargne salariale, si elle est ouverte au dirigeant
Dans les entreprises de 1 à 250 salariés, le dirigeant (et son conjoint collaborateur ou associé) peut adhérer au plan d'épargne d'entreprise (PEE) et au PER collectif (PERECO) mis en place pour les salariés.
Il bénéficie alors de l'abondement de l'entreprise : une somme versée par la société, déductible de son résultat et exonérée de cotisations sociales (hors CSG-CRDS), dans des limites fixées par la loi. C'est souvent l'un des moyens les plus efficaces de transférer de la valeur de la société vers son patrimoine retraite.
Les assimilés salariés peuvent aussi bénéficier d'un PER obligatoire d'entreprise, s'il est mis en place pour une catégorie de personnel à laquelle ils appartiennent.
Les autres briques
- L'assurance-vie, sans avantage fiscal à l'entrée, mais disponible à tout moment et très utile pour la transmission.
- L'immobilier, détenu en direct ou via une SCI, qui peut générer des revenus complémentaires à la retraite.
- La trésorerie de la société ou d'une holding, placée à long terme, qui peut devenir une source de revenus une fois l'activité arrêtée, sous réserve de la fiscalité applicable à sa sortie.
Investir présente des risques de perte en capital.
La cession de l'entreprise, source de capital à la retraite
Pour beaucoup de dirigeants, la vraie retraite, c'est la vente de l'entreprise. La fiscalité de cette cession se prépare donc des années avant le départ.
Société : l'abattement de 500 000 € pour départ à la retraite
Le dirigeant d'une PME qui cède ses titres à l'occasion de son départ à la retraite peut bénéficier d'un abattement fixe de 500 000 € sur sa plus-value, pour l'impôt sur le revenu. Le dispositif a été prorogé pour les cessions réalisées jusqu'au 31 décembre 2031.
Les principales conditions :
- avoir dirigé la société de façon continue pendant au moins 5 ans ;
- détenir au moins 25 % des droits de vote ou des droits financiers, seul ou avec sa famille ;
- céder la totalité de ses titres, ou plus de 50 % des droits ;
- cesser toute fonction dans la société et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux ans qui précèdent ou qui suivent la cession ;
- la société doit être une PME exerçant une activité économique.
L'abattement ne porte que sur l'impôt sur le revenu : les prélèvements sociaux restent dus sur la totalité de la plus-value.
Entreprise individuelle : l'exonération des plus-values professionnelles
L'entrepreneur individuel qui cède son activité en partant à la retraite peut, sous conditions (activité exercée depuis au moins 5 ans, départ à la retraite dans les deux ans), être exonéré d'impôt sur ses plus-values professionnelles.
Le calendrier compte
Dans les deux cas, la date de départ à la retraite et celle de la cession sont liées. Liquider sa retraite trop tôt ou trop tard par rapport à la vente peut faire perdre l'avantage fiscal : ces deux décisions se planifient ensemble, avec votre expert-comptable et votre avocat.
Prévoyance, invalidité, décès : combler les trous de couverture
Préparer sa retraite, c'est aussi s'assurer d'y arriver. Or la protection sociale des dirigeants présente des failles que les salariés ne connaissent pas.
- Arrêt maladie. Les indemnités journalières des indépendants sont limitées, et calculées sur les revenus des années précédentes. Un président de SAS sans salaire n'en perçoit aucune.
- Invalidité. Une invalidité qui empêche de travailler interrompt aussi la constitution de vos droits à la retraite, et la pension d'invalidité des régimes obligatoires est souvent modeste.
- Décès. Le capital décès des régimes obligatoires est limité, et le conjoint d'un dirigeant qui n'a pas cotisé bénéficiera d'une réversion faible, voire nulle.
Des contrats de prévoyance individuels permettent de combler ces lacunes. Pour les indépendants, leurs cotisations sont déductibles du bénéfice imposable, dans certaines limites. Pour les assimilés salariés, un contrat collectif souscrit par la société peut les couvrir.
La réforme de l'assiette sociale de 2026 a modifié le calcul des indemnités journalières des indépendants : si vous avez un contrat de prévoyance, vérifiez qu'il reste bien ajusté à vos nouveaux droits.
Demander sa retraite : liquidation, cessation d'activité et cumul
Les règles d'âge et de durée sont les mêmes pour tous. Âge légal, trimestres requis, décote, surcote, carrière longue : un dirigeant ou un indépendant relève des mêmes paramètres qu'un salarié, appréciés tous régimes confondus.
La demande est unique. Une demande en ligne sur info-retraite.fr couvre tous vos régimes, y compris lorsque votre carrière a mêlé salariat, activité indépendante et activité libérale.
Faut-il arrêter son activité ? Pour percevoir sa retraite, il faut en principe cesser l'activité qui en relève. Un dirigeant peut toutefois continuer à exercer en cumulant sa pension et ses revenus, selon les règles du cumul emploi-retraite. Attention : ces règles changent pour les retraites prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Avant 67 ans, les revenus d'activité réduiront la pension au-delà d'un seuil annuel envisagé à 7 000 €. Un dirigeant qui envisage de rester actif après sa retraite a donc intérêt à étudier sa date de départ avec soin.
Anticiper la succession à la tête de l'entreprise. Céder, transmettre à un enfant, conserver des titres en percevant des dividendes : chaque option a des conséquences sur la retraite (fin des cotisations), sur la fiscalité (abattement de cession) et sur le patrimoine transmis.
Les idées reçues
| Idée reçue | Réalité |
|---|---|
| « Les dividendes, c'est toujours plus rentable. » | À court terme, souvent. Mais ils ne créent aucun droit à retraite ni à prévoyance : l'économie doit être épargnée pour compenser. |
| « Mon entreprise sera ma retraite. » | Seulement si elle trouve un repreneur, au bon prix, au bon moment. Mieux vaut ne pas en faire l'unique pilier. |
| « En SASU sans salaire, je valide quand même mes trimestres. » | Non. Sans rémunération, aucun trimestre n'est validé. |
| « Les TNS ont une petite retraite parce qu'ils sont mal traités. » | Leur retraite est plus faible parce qu'ils cotisent moins. La réforme de 2026 améliore toutefois leurs droits à prélèvement constant. |
| « Je pourrai toujours continuer à travailler en touchant ma retraite. » | Oui, mais les règles se durcissent à partir de 2027 pour les départs avant 67 ans. |
Votre checklist
- Vérifiez chaque année votre relevé de carrière : vos trimestres et vos points apparaissent-ils bien ?
- Versez-vous chaque année au moins de quoi valider 4 trimestres par an.
- Revoyez chaque année l'équilibre entre rémunération et dividendes avec votre expert-comptable.
- Utilisez vos plafonds de déduction PER, et mettez en place l'épargne salariale si vous avez des salariés.
- Vérifiez votre prévoyance : arrêt de travail, invalidité, décès.
- Planifiez plusieurs années à l'avance la date de départ à la retraite et la cession de l'entreprise.
Les règles et montants mentionnés dans cet article correspondent aux paramètres applicables en 2026. La réglementation des retraites est susceptible d'évoluer. Cet article est à caractère général et informatif ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital.