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Carrière longue : qui peut vraiment partir avant l'âge légal
Vous avez commencé à travailler à 17 ans, en apprentissage ou sur un premier poste, pendant que d'autres débutaient des études longues.
Quarante ans plus tard, cette différence de départ vous donne un droit que beaucoup ignorent : partir à la retraite avant l'âge légal, sans décote.
Le dispositif s'appelle la retraite anticipée pour carrière longue.
Il repose sur une logique simple : si vous avez cotisé plus longtemps parce que vous avez commencé plus tôt, vous n'avez pas à attendre l'âge légal comme quelqu'un entré dans la vie active à 24 ans.
Mais la complexité vient d'ailleurs.
Les conditions se sont empilées au fil des réformes, et les dernières règles datent de 2026 : suspension de la réforme de 2023, décrets du 7 mai 2026 sur les âges et les durées, décret du 29 juillet 2026 sur les trimestres liés aux enfants
Beaucoup de personnes ne le savent pas, et beaucoup qui s'en croient bénéficiaires ne remplissent pas les critères.
Voyons où vous vous situez.
Deux conditions cumulatives
Le dispositif concerne tous les régimes : salariés du privé, fonctionnaires, indépendants, professions libérales et agriculteurs.
Il repose sur deux exigences qui doivent être réunies ensemble.
La première porte sur votre début d'activité : vous devez avoir commencé à travailler avant un certain âge, et ce début doit être documenté par un nombre précis de trimestres validés avant cet âge.
La seconde porte sur votre durée cotisée totale : vous devez avoir suffisamment de trimestres cotisés ou réputés cotisés, tous régimes de base confondus.
Quelqu'un qui a commencé très tôt mais dont la carrière a été interrompue plusieurs années échouera sur la seconde condition.
Quelqu'un qui totalise une longue carrière mais a commencé à 22 ans échouera sur la première (définitivement : l'âge auquel vous avez débuté ne se rattrape pas).
La condition de début d'activité : quatre bornes, quatre âges de départ
Quatre bornes existent, et chacune ouvre un âge de départ différent.
Une fois le calendrier transitoire achevé (générations nées à partir de 1971 pour la borne de 20 ans), la règle est la suivante :
| Début d'activité avant… | Départ possible à partir de |
|---|---|
| 16 ans | 58 ans |
| 18 ans | 60 ans |
| 20 ans | 62 ans |
| 21 ans | 63 ans |
- Les bornes de 16 et 18 ans ouvrent un départ à 58 et 60 ans quelle que soit votre génération.
- La borne de 20 ans suit un calendrier transitoire, détaillé plus bas.
- La borne de 21 ans ne présente d’intérêt qu’à partir de la génération 1966 : avant, l’âge légal est déjà inférieur ou égal à 63 ans.
Source : Circulaire CNAV 2026-29.
Ce que « avoir commencé avant tel âge » signifie exactement : l'administration ne regarde pas votre premier bulletin de paie. Vous devez justifier de 5 trimestres validés avant la fin de l'année civile de votre anniversaire correspondant.
Une tolérance existe pour les personnes nées en fin d'année : si vous êtes né entre le 1er octobre et le 31 décembre, 4 trimestres suffisent. La logique est mécanique : né en novembre, vous ne pouviez matériellement pas valider cinq trimestres avant le 31 décembre de vos 16 ans.
Cette règle des 5 trimestres explique une grande partie des refus. Un job d'été à 15 ans ne suffit pas. Un apprentissage commencé en septembre non plus, s'il ne produit qu'un ou deux trimestres sur l'année civile. Pour mémoire, les trimestres se valident via un montant cotisé au cours d’une année, pas nécessairement par des réels trimestres calendaires.
Les générations 1961 à 1970 relèvent d'un calendrier transitoire
Si vous êtes né avant 1971, ne vous reportez pas au tableau précédent.
Le relèvement progressif de l'âge légal a créé un calendrier intermédiaire, ajusté par le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 pour tenir compte de la suspension de la réforme de 2023.
| Année de naissance | Âge de départ anticipé (pour un début avant 20 ans) |
|---|---|
| Du 1/09/1961 au 31/08/1963 | 60 ans |
| Du 1/09/1963 au 31/12/1963 | 60 ans et 3 mois |
| 1964 | 60 ans et 6 mois |
| Du 1/01/1965 au 30/11/1965 | 60 ans et 9 mois |
| Décembre 1965 | 60 ans et 8 mois |
| 1966 | 60 ans et 9 mois |
| 1967 | 61 ans |
| 1968 | 61 ans et 3 mois |
| 1969 | 61 ans et 6 mois |
| 1970 | 61 ans et 9 mois |
| À partir de 1971 | 62 ans |
Ces âges s'appliquent aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
C'est la date d'effet de la pension qui compte, pas la date de dépôt de la demande.
Par rapport au calendrier initial de la réforme de 2023, les générations 1966 à 1970 gagnent trois mois, et les personnes nées en décembre 1965 un mois. Les générations 1964 et janvier à novembre 1965 gardent leur âge : pour elles, le gain porte sur la durée cotisée exigée (voir ci-dessous).
Si vous avez fait estimer votre date de départ possible avant mai 2026, elle mérite d'être revérifiée : certains simulateurs n'intègrent pas encore ces ajustements.
La durée cotisée : ce qui compte, et ce qui ne compte pas
Nous avons parlé de la première condition, celle concernant le début d’activité.
Parlons maintenant de la deuxième condition : réunir une durée cotisée égale à la durée exigée pour le taux plein dans votre génération.
Voici le nombre de trimestres à obtenir (circulaire CNAV 2026-29) :
| Année de naissance | Trimestres cotisés exigés |
|---|---|
| 1963, 1964 et du 1/01/1965 au 31/03/1965 | 170 |
| Du 1/04/1965 au 31/12/1965 | 171 |
| À partir de 1966 | 172 |
Le mot « cotisée » fait toute la différence. Tous les trimestres de votre relevé ne sont pas cotisés : certains ont été validés sans cotisation de votre part, et ceux-là ne comptent pas, ou seulement dans des limites strictes.
Voici les périodes non travaillées qui sont malgré tout réputées cotisées, avec leurs plafonds :
| Période | Plafond |
|---|---|
| Service national | 4 trimestres |
| Maladie et accident du travail | 4 trimestres |
| Chômage indemnisé et activité partielle | 4 trimestres |
| Invalidité | 2 trimestres |
| Congé maternité et adoption | Sans limite |
| Majoration de durée d'assurance pour enfants (maternité, éducation, adoption, congé parental) | 2 trimestres au total, quel que soit le nombre d'enfants, depuis le 1er septembre 2026 |
| Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) et des aidants (AVA) | 4 trimestres |
| Trimestres acquis via le compte professionnel de prévention (C2P) | Retenus |
Ces plafonds sont une grande cause de refus.
Quelqu'un qui a connu trois années de chômage indemnisé ne verra que quatre trimestres retenus sur douze.
Son relevé affichera bien les douze, mais huit ne pèseront pas dans le calcul de la carrière longue. C'est pourquoi votre nombre de trimestres validés ne dit rien de votre éligibilité : seul le décompte des trimestres cotisés compte, et il n'apparaît pas tel quel sur un relevé ordinaire.
La nouveauté 2026 concerne surtout les mères.
Jusqu'ici, les trimestres accordés pour les enfants augmentaient la pension sans servir à ouvrir un départ anticipé. Le décret n° 2026-700 du 29 juillet 2026 fait entrer deux trimestres dans les trimestres réputés cotisés, pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Sur un dossier qui se joue à un ou deux trimestres près, cela suffit à débloquer le départ.
Ne comptent pas, en revanche : les autres majorations de durée d'assurance et les trimestres rachetés au titre des études ou des années incomplètes.
Autre ligne souvent négligée : l’AVPF. Si vous avez réduit ou interrompu votre activité pour élever un enfant ou vous occuper d’un proche, la CAF a pu vous affilier à l’assurance vieillesse des parents au foyer. Jusqu’à 4 de ces trimestres sont retenus comme cotisés pour la carrière longue. Combinés aux 2 trimestres pour enfants, cela peut représenter jusqu’à 6 trimestres, de quoi changer l’issue d’un dossier.
Ne pas confondre avec les autres départs anticipés
La carrière longue est souvent mélangée avec trois autres dispositifs, qui obéissent à des conditions entièrement différentes.
| Dispositif | Ce qui ouvre le droit | Départ possible |
|---|---|---|
| Carrière longue | L'âge de début d'activité et la durée cotisée | De 58 à 63 ans |
| Incapacité permanente (service-public) | Un taux d'incapacité d'origine professionnelle d'au moins 20 %, ou de 10 % à 19 % avec 17 ans d'exposition à des facteurs de risques professionnels | 60 ans (taux ≥ 20 %) ; 2 ans avant l’âge légal (10 à 19 %) |
| Handicap (service-public) | Une incapacité permanente d'au moins 50 % pendant les périodes cotisées exigées | Dès 55 ans |
| Compte professionnel de prévention (C2P) (service-public) | Des points acquis pendant l'exposition à certains facteurs de pénibilité, convertis en trimestres de majoration (jusqu'à 8) | Jusqu'à 2 ans avant l'âge légal |
Ces dispositifs peuvent parfois se combiner : les trimestres acquis via le C2P sont retenus dans le calcul de la carrière longue. Mais une personne qui ne remplit pas la condition de début d'activité ne deviendra pas éligible à la carrière longue parce qu'elle a été exposée à la pénibilité. Ce sont deux portes distinctes.
Comment obtenir votre attestation pour carrière longue
La démarche se fait en trois temps
1. Vérifiez votre relevé de carrière.
Votre éligibilité se joue sur vos toutes premières années de travail, celles de la fin des années 1970 ou 1980, précisément celles où les déclarations étaient les moins fiables. Un trimestre manquant l'année de vos 16 ans peut vous faire perdre plusieurs années de départ anticipé. Rassemblez bulletins de salaire, contrats d'apprentissage ou certificats de travail, et faites corriger avant, pas pendant.
2. Téléchargez votre attestation de départ anticipé via le service « Obtenir mon âge de départ à la retraite », depuis votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr.
Selon votre échéance, vous obtiendrez une attestation provisoire ou définitive. C'est le document que votre employeur vous demandera, et il constitue la reconnaissance officielle de votre droit. Attendez-le avant de donner votre démission ou de signer une rupture.
3. Déposez votre demande quatre à six mois avant la date visée, via le service en ligne d'info-retraite.fr, qui vaut pour l'ensemble de vos régimes de base et complémentaires.
En cas de refus ou d'erreur sur un trimestre, vous disposez de deux mois pour saisir la commission de recours amiable de votre caisse, puis, si nécessaire, le pôle social du tribunal judiciaire.
Ce que le départ anticipé change à votre épargne
Partir deux ans plus tôt ne change pas seulement votre date, cela modifie l'équation financière de toute votre retraite.
Certes, votre pension est versée sans décote, et votre retraite complémentaire Agirc-Arrco sans minoration. Mais elle reste calculée sur votre carrière réelle : pas de surcote, et deux années de revenus en moins.
En sus, votre épargne doit couvrir une période de retraite plus longue. Si vous partez à 60 ans avec une espérance de vie à 85 ans, votre capital doit tenir vingt-cinq ans au lieu de vingt-trois.
L'anticipation porte donc sur l'épargne autant que sur les trimestres. Le PER permet de déduire vos versements de vos revenus imposables, avec des fonds bloqués jusqu'à la retraite, sauf achat de la résidence principale et accidents de la vie.
Un détail compte dans votre situation : le déblocage possible intervient à la liquidation de vos droits, donc à votre départ anticipé, pas à l'âge légal. Votre horizon de placement est plus court que vous ne le pensiez, ce qui plaide pour sécuriser progressivement l'épargne à l'approche de la date.
Si votre tranche d'imposition est faible, l'avantage fiscal justifie moins ce blocage, et une assurance-vie vous laissera plus de souplesse.
Enfin, rappellez-vous que le départ anticipé est un droit, pas une obligation. S’il n’est pas avantageux pour vous, rien ne vous y contraint !
Les trois vérifications qui décident de tout
- Le début d'activité. Sortez votre relevé et regardez l'année de vos 16, 18, 20 ou 21 ans selon votre parcours. Comptez les trimestres validés à la fin de cette année civile : cinq (ou quatre si vous êtes né entre octobre et décembre), et vous franchissez la première condition.
- La durée cotisée. Comptez vos trimestres cotisés, pas vos trimestres validés. Retirez les périodes de chômage et de maladie au-delà de quatre trimestres, d'invalidité au-delà de deux. Ajoutez, si vous êtes parent ou aidant, jusqu’à quatre trimestres AVPF et deux trimestres pour enfants. Comparez le résultat à la durée exigée pour votre génération : 170, 171 ou 172 trimestres.
- Votre génération. Si vous êtes né avant 1971, retrouvez votre date de naissance dans le calendrier transitoire. Les règles ont changé en 2026, et votre date de départ a peut-être avancé sans que personne ne vous prévienne.
Si les trois vérifications sont positives, téléchargez votre attestation sans attendre.
Les règles et montants mentionnés dans cet article correspondent aux paramètres applicables en 2026. La réglementation des retraites est susceptible d'évoluer. Cet article est à caractère général et informatif ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital.