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Fiscalité des pensions : ce qui sera réellement prélevé sur votre retraite

Vous avez enfin obtenu une estimation de votre future pension. Le chiffre est là, sur votre relevé, et vous avez commencé à faire des projets avec.

Mauvaise nouvelle : ce montant est brut. Entre ce montant et ce qui arrivera sur votre compte chaque mois, il y a l'impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS, la Casa, et sur une partie de votre pension une cotisation maladie. L'écart tourne couramment autour de 10 %, parfois davantage.

La bonne nouvelle, c'est que ces prélèvements sont moins lourds que ceux qui frappent votre salaire aujourd'hui, et qu'ils se calculent précisément. Prenons-les dans l'ordre.

Votre pension est un revenu imposable comme un autre

Commençons par la règle de base : les pensions de retraite, de base comme complémentaires, s'ajoutent à vos autres revenus et sont soumises au barème progressif de l'impôt sur le revenu.

Elles apparaissent déjà pré-remplies sur votre déclaration, cases 1AS et 1BS. Vous n'avez rien à calculer, seulement à vérifier.

Une exception mérite d'être connue, parce qu'elle concerne les situations les plus fragiles : l'allocation de solidarité aux personnes âgées, l'Aspa, n'est pas imposable. Les minima sociaux échappent au barème.

Ce qui change vraiment par rapport à votre fiche de paie actuelle, c'est ce qui disparaît. Votre pension ne supporte plus de cotisations retraite, ni d'assurance chômage. Ces lignes qui pèsent aujourd'hui sur votre salaire n'existent plus. C'est la raison pour laquelle l'écart entre brut et net se resserre nettement à la retraite.

L'abattement de 10 %, et son plafond qui pénalise les couples

Comme les salariés aux frais forfaitaires, les retraités bénéficient d'un abattement de 10 % appliqué automatiquement sur le total des pensions déclarées. Vous n'avez aucune démarche à faire : l'administration le calcule seul.

Cet abattement est encadré par deux bornes, pour les revenus 2025 déclarés en 2026 : un minimum de 454 € par retraité et un plafond de 4 439 € par foyer fiscal (service-public.gouv.fr).

Attention à ce point : le minimum s'apprécie par personne, le plafond par foyer. Ce détail a une conséquence directe pour les couples.

Prenons deux retraités mariés perçevant chacun 30 000 € de pension annuelle, soit 60 000 € pour le foyer. L'abattement théorique de 10 % représenterait 6 000 €. Il sera plafonné à 4 439 €. Le couple perd donc 1 561 € d'abattement, sur lesquels il sera imposé à sa tranche marginale : à 30 %, cela représente environ 470 € d'impôt supplémentaire par an.

Un célibataire perçevant 30 000 € de pension, lui, bénéficie de la totalité de ses 3 000 € d'abattement. Le plafond ne le concerne pas.

Une précision de calendrier utile, parce que le sujet a beaucoup circulé : la loi de finances pour 2026 avait envisagé de remplacer cet abattement de 10 % par un forfait de 2 000 €. Cette mesure n'a pas été retenue dans le texte final, et l'abattement proportionnel est maintenu.

CSG, CRDS, Casa : le taux dépend de votre revenu fiscal de référence

Ces prélèvements sociaux ne dépendent ni de votre pension ni de votre tranche d'imposition, mais de votre revenu fiscal de référence, celui qui figure sur votre avis d'impôt. Quatre situations existent, et le passage d'une tranche à l'autre se joue parfois à quelques dizaines d'euros.

Voici les seuils applicables en 2026 (service-public.gouv.fr) :

Revenu fiscal de référence (1 part)CSGCRDSCasa
Jusqu'à 13 048 €ExonérationExonéréExonéré
De 13 049 € à 17 057 €3,8 %0,5 %Exonéré
De 17 058 € à 26 472 €6,6 %0,5 %0,3 %
Au-delà de 26 472 €8,3 %0,5 %0,3 %

Pour deux parts, les seuils passent respectivement à 20 016 €, 26 167 € et 40 603 €. Ces montants ont été relevés de 1,8 % en 2026 pour suivre l'inflation.

Trois observations méritent d'être faites sur ce tableau.

Les exonérations se cumulent par le bas. Si vous êtes exonéré de CSG, vous l'êtes automatiquement de CRDS et de Casa. Au taux réduit de 3,8 %, vous échappez encore à la Casa. Le prélèvement total passe donc de 0 % à 4,3 %, puis à 7,4 %, puis à 9,1 % selon votre tranche.

Une partie de la CSG est déductible de votre revenu imposable : 3,8 points au taux réduit, 4,2 points au taux médian, 5,9 points au taux normal. Le reste ne l'est pas. Cette fraction déductible atténue légèrement la note fiscale globale.

Un mécanisme de lissage protège les plus modestes. Si vous relevez du taux réduit de 3,8 %, votre taux ne peut augmenter que si vos revenus dépassent le seuil deux années consécutives. Attention toutefois : ce lissage ne joue pas pour le passage de 6,6 % à 8,3 %. Une année exceptionnelle, par exemple une plus-value immobilière, peut donc faire basculer durablement votre taux.

La cotisation maladie que personne n'annonce

Un dernier prélèvement s'ajoute, et il est systématiquement oublié dans les simulations.

Votre retraite complémentaire supporte une cotisation d'assurance maladie de 3,2 %, qui ne frappe pas votre pension de base. Sur une complémentaire Agirc-Arrco de 800 € par mois, cela représente environ 26 € mensuels.

Ce prélèvement se fait à la source, et Il explique une partie de l'écart que beaucoup de nouveaux retraités constatent entre le montant annoncé et le premier virement reçu.

Un cas chiffré, du brut au net

Reprenons tout sur une situation concrète.

Ces montants sont des ordres de grandeur destinés à illustrer la méthode, pas une projection personnalisée : votre situation familiale et vos autres revenus modifient sensiblement le résultat.

Le prélèvement à la source s'applique aussi à votre pension

Votre caisse de retraite joue le rôle que votre employeur tenait jusque-là. Elle reçoit votre taux directement de l'administration fiscale, de façon automatisée et mensuelle, le prélève sur votre pension et le reverse au Trésor.

Deux points pratiques valent d'être connus au moment du départ.

Lors du premier versement, votre caisse ne dispose pas encore de votre taux personnalisé. Le prélèvement peut donc être nul ou calculé sur un taux neutre, avant que votre taux réel s'applique dès le deuxième mois. Ne tirez aucune conclusion du montant du premier virement.

Surtout, le passage à la retraite fait généralement baisser vos revenus, alors que votre taux de prélèvement reste calculé sur vos revenus d'activité de l'année précédente. Vous allez donc payer trop d'impôts pendant plusieurs mois, avec une régularisation tardive.

Signalez ce changement de situation sur impots.gouv.fr dès votre départ : le nouveau taux s'appliquera sous deux mois environ. Pas d’inquiétude si vous ne faites rien, ce n’est qu’une affaire de décalage de trésorerie et tout se régularisera après un an.

Ce que cette fiscalité change à votre stratégie d'épargne

Retenez l'ordre de grandeur : entre votre pension brute et ce que vous toucherez, comptez une érosion de 10 à 16 % selon votre situation. Si vous avez calculé votre besoin de complément en partant d'un montant brut, votre cible est sous-estimée d'autant.

C'est précisément là que l'enveloppe dans laquelle vous épargnez fait une différence, parce qu'elles ne sortent pas toutes avec la même fiscalité. Les sommes issues d'un PER dont les versements ont été déduits à l'entrée sont imposées au barème à la sortie, exactement comme votre pension. L'assurance-vie, elle, bénéficie après huit ans d'un abattement annuel sur les gains de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple, puis d'une imposition réduite.

Autrement dit, combiner les deux permet de piloter votre taux d'imposition à la retraite plutôt que de le subir. Un retraité qui puise une partie de ses revenus dans une assurance-vie ancienne maintient son revenu fiscal de référence plus bas, ce qui peut aussi le maintenir sous un seuil de CSG.

Une limite honnête sur le PER : son avantage repose sur un écart de tranche entre votre vie active et votre retraite. Si vous êtes à 11 % aujourd'hui, cet écart est faible, et le blocage des fonds jusqu'à la retraite se justifie mal. À 41 %, le calcul change complètement.

Contrairement à votre pension, un capital investi sur les marchés comporte un risque de perte en capital : c'est le prix d'un rendement potentiellement supérieur sur longue période.

Sous réserve des conditions, plafonds et règles fiscales en vigueur. La déductibilité des versements dépend notamment de votre situation fiscale et du régime applicable. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Vérifiez votre taux de CSG avant de partir

Sortez votre dernier avis d'impôt et cherchez la ligne "revenu fiscal de référence". Comparez ce montant aux seuils du tableau plus haut, en tenant compte de votre nombre de parts.

Si vous êtes proche d'une limite, regardez de près l'année qui précède votre départ. Une prime de départ, le déblocage d'une épargne salariale ou la vente d'un bien peuvent gonfler votre revenu fiscal de référence cette année-là, et fixer votre taux de CSG pour la suite. Décaler une opération de quelques mois change parfois le taux appliqué pendant deux ans.

Appliquez ensuite le calcul de Michel à vos propres chiffres : retirez 9,1 % si vous êtes au taux plein de CSG, ajoutez 3,2 % sur votre seule complémentaire, puis votre taux d'imposition. Vous obtiendrez une estimation nette bien plus réaliste que celle de n'importe quel simulateur, et surtout vous saurez d'où elle vient.

Les règles et montants mentionnés dans cet article correspondent aux paramètres applicables en 2026. La réglementation des retraites est susceptible d'évoluer. Cet article est à caractère général et informatif ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital.