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Comment calculer sa future pension de retraite ?

Dans notre précédent article sur les régimes de retraite, nous vous expliquions que pour un salarié du secteur privé, la retraite repose principalement sur deux systèmes distincts :

  • la retraite de base, versée par l’Assurance retraite ;
  • la retraite complémentaire Agirc-Arrco, versée sous forme de pension calculée à partir des points accumulés pendant la carrière.

Les deux pensions ne se calculent pas de la même manière.

La retraite de base dépend notamment de votre revenu annuel moyen, de votre taux de retraite et de votre durée d’assurance, selon les mécanismes fixées par la loi, dans le Code de la Sécurité Sociale, disponible sur legifrance (Section 5 : Taux et montant de la pension. Articles R351-25 à R351-29) et les paramètres révisés annuellement par circulaire CNAV.

La retraite complémentaire dépend principalement du nombre de points Agirc-Arrco acquis et de la valeur du point au moment de votre départ, des facteurs eux aussi révisés annuellement par les partenaires sociaux et communiqués sur le site de l’AGIRC-ARRCO.

Votre pension totale correspond ensuite à l’addition de ces deux montants.

Pour comprendre concrètement le calcul, prenons l’exemple fictif de Marc.

Exemple : combien Marc pourrait-il toucher à la retraite ?

Son calcul peut être décomposé en deux étapes : retraite de base + retraite complémentaire.

Comment est calculée la retraite de base ?

La retraite de base du régime général repose sur trois éléments :

revenu annuel moyen × taux × durée d’assurance / durée d’assurance requise

Reprenons maintenant chaque élément de cette formule.

Le revenu annuel moyen

Pour un salarié du régime général, le revenu annuel moyen correspond en principe à la moyenne des 25 meilleures années de revenus d’activité, revalorisées selon les règles applicables.

Cela signifie qu’une carrière de 40 ans n’est pas nécessairement calculée à partir du salaire moyen de ces 40 années.

Par exemple, si vous avez travaillé pendant 40 ans, vos années les moins rémunératrices peuvent ne pas entrer dans le calcul si vous disposez de 25 années mieux rémunérées.

Cela ne signifie toutefois pas que ces années sont totalement sans effet : elles peuvent notamment avoir contribué à votre durée d’assurance.

Si vous avez cotisé à plusieurs régimes de retraite, le calcul du revenu annuel moyen peut également suivre des règles spécifiques.

Le taux de retraite

Le taux maximal de la retraite de base est de 50 %.

Pour obtenir ce taux, vous devez en principe avoir validé le nombre de trimestres requis pour votre génération.

À défaut, une décote peut réduire le taux.

À partir de 67 ans, le taux plein est automatiquement appliqué, même si vous n’avez pas atteint la durée d’assurance requise. Cela ne signifie toutefois pas que votre pension sera nécessairement calculée comme si vous aviez validé tous les trimestres : la durée d’assurance peut encore intervenir dans la proratisation du montant.

La durée d’assurance

La durée d’assurance permet de déterminer la part de la pension à laquelle vous avez droit.

Pour Marc, né en octobre 1965, la durée requise est de 171 trimestres.

Il a cotisé 171 trimestres.

Sa pension de base n’est donc pas proratisée :

171 / 171 = 100 %

S’il n’avait, par exemple, que 160 trimestres retenus pour le régime général, le coefficient de proratisation serait de :

160 / 171 = 93,6 %

La pension de base serait alors réduite par rapport à celle d'une personne disposant des 171 trimestres requis, sous réserve des autres règles applicables à son taux.

Comment fonctionne la retraite complémentaire Agirc-Arrco ?

L’Agirc-Arrco fonctionne avec un système de points.

Pendant votre carrière :

Votre salaire est soumis à des cotisations servant à acquérir des points, qui s’accumulent tout au long de votre carrière.

Au moment de la retraite :

Le nombre de points est multiplié par la valeur du point afin d’obtenir votre pension annuelle.

Il faut donc connaître deux paramètres :

  • le nombre de points accumulés pendant la carrière ;
  • la valeur de service du point au moment du départ.

En 2026, la valeur de service du point Agirc-Arrco est de 1,4386 €.

Voici comment se réalise le calcul.

Étape 1 : le salaire est réparti en tranches

L'Agirc-Arrco ne calcule pas les points de la même manière sur l'ensemble du salaire.

Le salaire est réparti en deux tranches :

  • jusqu’au PASS
  • de 1 fois le PASS à 8 fois le PASS

Au-delà de 8 PASS, Il n'y a plus de cotisations pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco sur les revenus excédentaires.

Le PASS est le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), un indicateur revalorisé chaque année qui s’élève à 48 060 € pour 2026 (URSSAF).

Avec les chiffres 2026 :

TranchePart du salaire
Tranche 1Jusqu'à 48 060 €
Tranche 2De 48 061 € à 384 480 €

Pour Marc, qui gagne 62 000 € brut par an :

  • tranche 1 : 48 060 €
  • tranche 2 : 13 940 €

Étape 2 : chaque tranche permet d'acquérir des points

Il faut ensuite appliquer le taux de calcul des points correspondant à chaque tranche.

En 2026 :

  • tranche 1 : 6,20 % ;
  • tranche 2 : 17 %.

Attention : il s'agit ici des taux utilisés pour calculer les points, et non de l'ensemble des cotisations Agirc-Arrco effectivement prélevées. Ces dernières seront supérieures compte tenu du taux d’appel, un mécanisme détaillé dans notre article sur les régimes de retraite.

Pour Marc :

Tranche 1

  • 48 060 × 6,20 % = 2 979,72 €

Tranche 2

  • 13 940 × 17 % = 2 369,80 €

Soit :

  • 2 979,72 + 2 369,80 = 5 349,52 €

Ce montant sert au calcul des points pour l'année.

Étape 3 : le montant est divisé par le prix d'achat du point

Pour déterminer le nombre de points acquis, on divise le montant obtenu par la valeur d'achat du point, également appelée salaire de référence.

En 2026, cette valeur est de 20,1877 €.

Pour Marc :

Le mécanisme peut donc être résumé ainsi :

  1. Récupérer le salaire annuel soumis à cotisations
  2. Répartir ce salaire dans les deux tranches selon le PASS
  3. Pour chaque tranche, calculer les cotisations servant à l’achat de points
  4. Récupérer la valeur d’achat du point de l’année
  5. Calculer le nombre de points acquis sur l’année

Comment passer des points à la pension ?

À la retraite, il suffit ensuite de multiplier le nombre total de points accumulés par la valeur de service du point.

Dans notre exemple, supposons que Marc ait accumulé 6 200 points au cours de sa carrière.

Cette valeur est une hypothèse destinée à illustrer le calcul : elle n'est pas reconstituée année par année à partir de la carrière simplifiée de Marc.

Avec une valeur du point de 1,4386 € :

6 200 × 1,4386 = 8 919,32 € par an

Soit environ :

743 € brut par mois

Combien Marc toucherait-il au total ?

Ce montant est une illustration. Le montant réel dépend notamment de la carrière complète, des trimestres retenus, des périodes assimilées, des points réellement acquis, de la date de départ et des paramètres applicables à cette date.

Quel taux de remplacement pour Marc ?

Le taux de remplacement permet de comparer la pension de retraite au revenu d'activité.

Avec une dernière rémunération de 62 000 € brut par an, soit environ 5 167 € brut par mois, Marc percevrait environ 2 660 € brut de retraite par mois.

Son taux de remplacement brut serait donc approximativement :

2 660 / 5 167 = 51,5 %

Il ne faut toutefois pas interpréter ce chiffre comme une règle générale.

Le taux de remplacement varie fortement selon les carrières, les niveaux de salaire, le statut cadre ou non-cadre, les périodes de chômage ou d'interruption d'activité et l'âge de départ.

Il faut également comparer des montants exprimés sur la même base : brut avec brut, ou net avec net.

Les taux publiés par le Conseil d'orientation des retraites peuvent, par exemple, être calculés en net et concernent des carrières-types.

Enfin, gardez à l'esprit que votre dernier salaire n'est pas nécessairement la référence à viser une fois à la retraite.

Vos charges peuvent évoluer :

  • à la hausse, avec les frais de santé,
  • à la baisse, avec la disparition des frais professionnels, la fin du remboursement d'un crédit immobilier, ou l'arrêt de l'effort d'épargne-retraite,
  • et, plus largement, selon le train de vie que vous souhaitez adopter.

Comment calculer vous-même votre future retraite ?

Vous pouvez procéder en deux temps.

Pour la retraite de base

Il faut identifier :

  1. votre revenu annuel moyen ;
  2. le taux applicable à votre situation ;
  3. votre durée d'assurance retenue ;
  4. la durée d'assurance requise pour votre génération.

La formule simplifiée est :

Revenu annuel moyen × taux × durée d'assurance / durée requise

Pour la retraite complémentaire

Il faut connaître :

  1. votre nombre total de points Agirc-Arrco ;
  2. la valeur de service du point applicable à la date de votre retraite.

La formule est :

Nombre de points × valeur de service du point

Vous additionnez ensuite les deux pensions pour obtenir une estimation de votre retraite brute totale.

Et les années de chômage ?

Une période de chômage peut permettre de valider des trimestres de retraite de base sous certaines conditions (service-public).

Ces périodes peuvent donc contribuer à votre durée d'assurance même si vous ne percevez pas de salaire pendant cette période.

En revanche, une période assimilée ne produit pas nécessairement les mêmes droits qu'une période travaillée et cotisée.

Il faut donc distinguer :

  • les trimestres utilisés pour la retraite de base ;
  • les revenus entrant dans certains calculs ;
  • les points Agirc-Arrco.

C'est particulièrement important lorsque l'on cherche à reconstituer sa carrière.

Pourquoi les dernières années de salaire ne suffisent-elles pas à déterminer la retraite ?

Une idée reçue consiste à penser que la retraite dépend principalement du dernier salaire.

Ce n'est pas le cas pour un salarié du privé.

Pour la retraite de base, le calcul repose notamment sur les 25 meilleures années et non sur le dernier salaire.

Pour la retraite complémentaire, le mécanisme repose sur les points acquis tout au long de la carrière.

Pour un salarié du privé, une forte progression salariale en fin de carrière peut donc améliorer les droits futurs, mais de façon marginale car elle sera diluée dans les 25 années retenues.

Face à cet écart entre revenu d'activité et pension, une partie des actifs choisit de se constituer une épargne retraite individuelle. C'est le rôle du PER.

Pourquoi utiliser le PER pour compléter sa retraite ?

Le Plan d'épargne retraite (PER) permet de se constituer une épargne individuelle supplémentaire, qui sera libérée à la retraite.

Son premier atout est justement là où on pourrait voir une contrainte : c'est une épargne cloisonnée, bloquée jusqu'au départ à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé prévus par la réglementation : accidents de la vie, acquisition de la résidence principale, notamment).

Ce cloisonnement n'est pas qu'une règle juridique, c'est aussi un confort psychologique : l'argent versé sur un PER est mentalement « rangé », hors d'atteinte des dépenses courantes ou des envies ponctuelles. On ne se pose plus la question de savoir s'il faut le laisser fructifier ou y puiser : la décision est prise une fois pour toutes à l'entrée.

Cette discipline imposée par l'enveloppe compense souvent, pour beaucoup d'épargnants, le manque de discipline personnelle face à une épargne trop disponible.

En contrepartie de ce blocage, les versements peuvent, sous certaines conditions, ouvrir droit à un avantage fiscal à l'entrée.

À la retraite, l'épargne accumulée peut être récupérée en capital, en rente, ou sous une combinaison des deux, selon les compartiments concernés et les règles applicables. Dans tous les cas, cette épargne ne s’exprime ni en trimestres, ni en points, mais en euros : une valeur tangible et concrète. Même si les règles des régimes de retraite évoluent, ce capital reste le vôtre.

Enfin, cet horizon lointain et cette indisponibilité offrent aussi un second bénéfice : si l'on s'y prend assez tôt, ils permettent une allocation d'actifs davantage orientée vers les actions, sans craindre d'avoir besoin de cet argent à court terme, et donc de viser une meilleure performance sur le long terme qui viendra directement améliorer la retraite le moment venu.

Sous réserve des conditions, plafonds et règles fiscales en vigueur. La déductibilité des versements dépend notamment de votre situation fiscale et du régime applicable. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital.