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Retraite de base, retraite complémentaire : le fonctionnement
Régime de base et régime complémentaire : les deux étages qui composent votre pension
« Combien vais-je toucher à la retraite ? » C’est généralement la première question qui vient à l’esprit. Mais avant de parler de montant, il faut comprendre qui va vous payer, et selon quelles règles.
Car votre future pension ne repose pas sur un seul système. Elle est construite sur deux étages distincts : le régime de base et la retraite complémentaire. Deux organismes, deux modes de calcul, deux logiques. D’un côté, vous accumulez des trimestres ; de l’autre, des points.
Et c’est là que les choses se compliquent. Valider tous ses trimestres ne signifie pas automatiquement obtenir la pension que l’on imagine. Le montant final dépend aussi de vos points de retraite complémentaire, de votre salaire de référence et, surtout, de la date à laquelle vous choisissez de partir.
Pour bien préparer votre départ, il faut donc commencer par comprendre comment ces deux étages s’additionnent.
Deux étages, deux modes de calcul, un seul relevé de carrière
Si vous êtes salarié du privé, vous cotisez chaque mois à deux organismes différents.
Le premier est l'Assurance retraite, qui gère notamment la retraite de base des salariés du secteur privé via la CNAV (Caisse Nationale d’Assurance-Vieillesse).
Le second est l'Agirc-Arrco, votre retraite complémentaire, tout aussi obligatoire malgré son nom, qui raisonne en points.
Regardez votre dernière fiche de paie : les deux lignes y figurent, sous des libellés différents. Vous payez pour les deux, tous les mois, depuis votre premier emploi.
Pour un salarié non-cadre, la complémentaire représentera environ un quart de la pension totale. Pour un cadre, elle peut dépasser la moitié, pour une raison mécanique que nous verrons plus bas.
Les règles diffèrent selon votre statut (salarié, indépendant, fonctionnaire…) mais on retrouve généralement la même logique : une retraite de base et une retraite complémentaire.
Voyons comment les deux s’articulent.
Retraite de base : tout est affaire de trimestres
Tout d’abord, dissipons une confusion.
Un trimestre ne se valide pas en travaillant trois mois. Il se valide en atteignant un montant de revenu soumis à cotisations : 1 803 € bruts en 2026, soit 150 fois le Smic horaire (circulaire Cnav n° 2025-33). Quatre trimestres, le maximum annuel, s'obtiennent donc avec 7 212 € bruts sur l'année. Quelqu'un qui gagne 40 000 € en six mois valide quatre trimestres, même en travaillant seulement la moitié de l’année. En outre, il est impossible de valider plus de quatre trimestres en une année.
Avec le nombre de trimestres requis pour votre génération, vous pouvez bénéficier du taux plein avant 67 ans.
Les règles de la retraite de base sont fixées par la loi, dans le Code de la Sécurité Sociale, disponible sur legifrance (Section 5 : Taux et montant de la pension. Articles R351-25 à R351-29).
Ce que ces trimestres déterminent, c'est notamment votre taux de liquidation. Ce taux maximal est de 50 % : c’est ce que l’on appelle la retraite à taux plein.
Si vous partez avant 67 ans sans avoir le nombre de trimestres requis, une décote peut s'appliquer. Pour les générations concernées, chaque trimestre manquant réduit le taux de 0,625 point, soit une baisse de 1,25 % du montant de la pension.
Pour le régime général, la formule simplifiée de la retraite de base tient en une ligne :
Avant 67 ans, les trimestres manquants ont donc un double effet :
- ils réduisent le taux de liquidation (par exemple, 50 − 0,625 = 49,375 % s’il manque un trimestre)
- et ils jouent sur le prorata, multipliant l’ensemble par 171/172.
À 67 ans, le taux plein (50%) est automatique, mais le prorata peut toujours s'appliquer.
En outre, il existe aussi un plafond dont presque personne ne parle. Le salaire annuel moyen est retenu dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, qui évolue chaque année, et fixé par exemple à 48 060 € en 2026 (Urssaf).
La pension de base maximale plafonne donc autour de 2 000 € bruts par mois, quel que soit votre salaire. Si vous gagnez 100 000 € par an, la moitié de votre salaire ne produit aucun droit à la CNAV… Mais contribue autrement.
Retraite complémentaire : les points s'accumulent tout au long de la carrière
Comme nous l’avons vu, un salarié du secteur privé cotise aussi à l’Agirc-Arrco, sa caisse de retraite complémentaire obligatoire.
Ici, la logique est différente de celle de la retraite de base : vous accumulez des points tout au long de votre carrière. Leur nombre dépend des cotisations prises en compte et du prix d’achat du point, appelé « salaire de référence ». En 2026, celui-ci est de 20,1877 €.
À la retraite, le nombre total de points est multiplié par leur valeur de service, fixée à 1,4386 € en 2026. Le résultat donne le montant annuel de votre pension complémentaire.
Les valeurs du point et les tranches de cotisation sont réévaluées chaque année dans le cadre des négociations avec les partenaires sociaux qui administrent le régime. Ils sont publiés sur le site de l’Agirc-Arrco, dans la rubrique “Paramètres et chiffres du régime”.
Pour connaître combien de points vous achetez chaque année via les cotisations sociales, deux paramètres sont utiles : le taux d’appel et le taux de calcul de points, disponible sur le site service-public.
Voici un exemple.
La différence avec la retraite de base est donc simple : les trimestres déterminent notamment votre date de départ et/ou votre décote, tandis que les points s'accumulent et déterminent un montant en euros qui vous sera servi en tant que retraite complémentaire.
Au-delà du plafond de la Sécurité sociale, la tranche 2 permet d'acquérir beaucoup plus de points pour chaque euro de salaire : son taux de calcul des points est de 17 %, contre 6,20 % en tranche 1. Elle joue donc un rôle important dans la retraite complémentaire des salariés aux rémunérations élevées.
Une nuance technique mérite toutefois d'être précisée. L'exemple précédent repose sur le taux de calcul de 6,2 %, correspondant aux cotisations qui génèrent effectivement des points. Cependant, afin d'assurer l'équilibre financier du système, un taux d'appel de 127 % est appliqué. En pratique, votre prélèvement réel en tranche 1 atteint 7,78 % (soit 6,2 % × 127 %), bien que seuls 6,2 % soient convertis en points. Vous trouverez une explication détaillée de ce fonctionnement sur la page service-public “Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco”.
Vos points sont acquis définitivement, mais leur valeur au moment de votre retraite n'est pas connue à l'avance. La valeur de service du point est régulièrement fixée par les partenaires sociaux et peut évoluer au fil du temps, notamment en fonction de l'inflation et de la situation financière du régime.
Un tableau pour retrouver vos deux caisses
Ce système à deux étages vaut pour tous les statuts, mais les guichets changent. Si vous avez été salarié puis indépendant, vos droits sont éparpillés dans plusieurs caisses.
| Votre statut | Régime de base | Régime complémentaire |
|---|---|---|
| Salarié du privé (cadre ou non) | CNAV (régime général) | Agirc-Arrco |
| Président de SAS / SASU, gérant minoritaire de SARL | CNAV | Agirc-Arrco |
| Artisan, commerçant, gérant majoritaire de SARL ou EURL | Sécurité sociale des indépendants (SSI) | SSI complémentaire |
| Profession libérale réglementée | CNAVPL | Caisse spécifique (CIPAV, CARPIMKO, CARMF…) |
| Profession libérale non réglementée (depuis 2019) | CNAV | Agirc-Arrco |
| Avocat | CNBF | CNBF |
| Agriculteur | MSA | MSA complémentaire |
Deux lignes méritent un mot.
Les professions libérales réglementées relevant de la CNAVPL cotisent à une caisse de base commune, mais leur complémentaire dépend du métier exercé, avec des règles de calcul propres à chacune.
Enfin, il y a eu un basculement de 2019, qui a fait passer les libérales non réglementées de la CIPAV vers le régime général. Beaucoup de consultants et freelances ont des droits chez les deux, selon l'année où ils les ont acquis. Si vous êtes dans ce cas, notre guide de la retraite des freelances reprend statut par statut les taux et les plafonds applicables.
Ce que ce système vous laissera vraiment
Vous avez les mécanismes. Reste la seule question qui compte : combien ?
L'écart n'a rien d'une injustice. C'est l'arithmétique du plafond vue plus haut : la base est plafonnée, la complémentaire ne compense pas intégralement, et plus votre salaire dépasse 48 060 €, plus la part non couverte grandit. Vous cotisez sur tout, vous récupérez proportionnellement moins.
Sur un dernier salaire net de 5 000 € par mois, ces 51,9 % représentent environ 2 600 € de pension. Si vous souhaitez conserver votre dernier salaire à la retraite, l'écart à combler est de 2 400 € par mois, pendant vingt ans ou plus.
Le troisième étage, celui que vous construisez vous-même
Vous n’avez pas la main sur les deux premiers étages de votre retraite.
Le troisième est le seul sur lequel vous gardez la main : l'épargne que vous constituez en parallèle. Ni trimestres, ni points, mais un capital qui vous appartient et dont vous connaissez le montant à tout moment.
Le PER est l'enveloppe pensée pour cela, avec des versements déductibles de vos revenus imposables.
En contrepartie, les fonds restent bloqués jusqu'à la retraite, sauf achat de résidence principale ou accident de la vie. Et les fonds qui ont servi à la défiscalisation seront réintégrés dans les revenus une fois à la retraite.
Il ne s’agit donc pas d’une annulation d’impôt, mais d’un décalage de l’impôt, permettant de profiter de la capitalisation sur des sommes qui auraient été dues au fisc.
Si votre épargne de précaution n'est pas encore constituée, remplissez-la d'abord. Et si votre tranche d'imposition est faible (tranches à 0% ou 11%, 30% constituant un pivot), l'avantage fiscal ne justifie pas forcément le blocage : une assurance-vie vous laissera plus de souplesse.
Et même si vous n’avez pas encore rassemblé tous vos documents, ou arbitré entre un départ à 63 ou 64 ans, rien ne vous empêche d'avancer sur l'épargne pendant que vous clarifiez le reste.
NB : Contrairement à vos points Agirc-Arrco, un capital investi sur les marchés comporte un risque de perte en capital : c'est la contrepartie d'un rendement potentiellement supérieur sur longue période.
Comment savoir combien vous avez déjà acquis
Tout ce qui précède reste théorique tant que vous ne l'avez pas confronté à votre propre situation.
Connectez-vous sur info-retraite.fr, le portail qui centralise vos droits à la retraite auprès de vos différents régimes.
Commencez par vérifier votre durée d'assurance et comparez-la à la durée requise pour votre génération. Regardez ensuite votre relevé de points Agirc-Arrco si vous êtes salarié du secteur privé.
Pour une première estimation, vos points Agirc-Arrco peuvent être convertis en pension annuelle en les multipliant par la valeur de service du point, soit 1,4386 € en 2026. Le résultat correspond à la pension complémentaire annuelle brute correspondant aux points déjà acquis, avec les paramètres actuels.
Pour aller plus loin, le service « Mon estimation retraite » d'Info-retraite permet d'estimer directement votre pension future en fonction de différents âges de départ et hypothèses de carrière.
Comparez ensuite le montant estimé de votre retraite avec le revenu mensuel que vous souhaitez conserver à la retraite. La différence constitue votre besoin de revenus complémentaires. Reste alors à déterminer quelle épargne constituer pour couvrir ce besoin, en tenant compte de votre horizon de placement, du rendement espéré et de la durée pendant laquelle vous devrez financer vos retraits.
Si vous souhaitez ensuite déterminer quel niveau de risque est cohérent avec votre horizon et votre capacité à supporter les fluctuations des marchés, le questionnaire de profil permet de définir votre profil d'investisseur.
Pour ce troisième étage, le montant épargné compte, mais commencer tôt laisse surtout davantage de temps à votre épargne pour se développer.
Sous réserve des conditions, plafonds et règles fiscales en vigueur. La déductibilité des versements sur le PER dépend notamment de votre situation fiscale et du régime applicable. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte un risque de perte en capital.