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Retraite après une carrière à l'étranger : droits, calcul, versement et fiscalité

Trois ans à Londres en début de carrière, un poste à Genève, une expatriation à Singapour, ou toute une vie professionnelle à l'étranger avant un retour en France : les carrières internationales sont devenues banales. À la retraite, elles posent pourtant des questions que les carrières franco-françaises ignorent.

Trois questions, en particulier :

  1. Qui me doit quoi ? Il n'existe pas de « retraite internationale ». Chaque pays verse sa propre pension, selon ses propres règles, pour les périodes travaillées chez lui.
  2. Mes années à l'étranger comptent-elles pour ma retraite française ? Tout dépend du pays : Union européenne, pays lié à la France par une convention, ou pays sans accord.
  3. Comment sont imposées ces pensions ? La réponse dépend de votre pays de résidence, du pays payeur et de la convention fiscale qui les lie.

L'essentiel en 6 points

  • Vos cotisations ne voyagent pas. Chaque pays où vous avez cotisé vous versera sa propre pension, pour ses propres périodes. Il n'y a ni transfert de cotisations, ni pension unique.
  • Le pays compte plus que la durée. UE, EEE et Suisse : coordination complète. Pays sous convention bilatérale : coordination variable. Pays sans accord : aucune coordination.
  • La totalisation ouvre des droits, elle ne paie pas. Les périodes étrangères peuvent vous aider à atteindre le taux plein en France, mais la France ne paie que ses propres trimestres.
  • Une seule demande suffit dans l'espace européen, déposée dans votre pays de résidence. Hors de cet espace, il faut souvent s'adresser à chaque caisse.
  • Les années sans accord peuvent être protégées, par l'assurance volontaire vieillesse via la Caisse des Français de l'étranger et par une complémentaire expatriés.
  • Fiscalement, c'est la convention fiscale qui tranche, pas la convention de sécurité sociale. Une pension étrangère peut être imposable en France, dans le pays payeur, ou dans les deux avec un crédit d'impôt.

Trois cadres selon le pays

La première question n'est pas « combien d'années ai-je travaillé à l'étranger ? », mais « dans quel pays ? ». La France articule ses régimes avec l'étranger selon trois cadres très différents.

UE, EEE, Suisse (et Royaume-Uni)Pays liés par une convention bilatéralePays sans accord
Texte applicableRèglement (CE) n° 883/2004 ; accord UE-Suisse ; accord de commerce et de coopération UE-Royaume-UniConvention propre à chaque paysAucun
Totalisation des périodesOui, avec tous les États membresOui en général, mais seulement entre les deux pays signatairesNon
Pension verséePar chaque pays, au prorata de ses périodesPar chaque pays, selon la conventionPar chaque pays, selon ses seules règles
DemandeUne seule, dans le pays de résidenceSouvent via la caisse française, selon la conventionAuprès de chaque caisse
Versement à l'étrangerSans restrictionGénéralement garanti par la conventionSelon la loi de chaque pays

Deux conséquences pratiques en découlent :

  • Le « triangle » ne fonctionne pas hors d'Europe. Les conventions bilatérales ne coordonnent que les deux pays signataires. Des années au Canada et au Japon ne peuvent pas être additionnées entre elles pour ouvrir un droit en France : chaque convention s'applique séparément (question écrite AN n° 18206).
  • Le même nombre d'années peut produire des résultats très différents selon qu'il a été accompli à Madrid, à Montréal ou à Dubaï.

UE, EEE et Suisse : la coordination européenne

Le règlement (CE) n° 883/2004 s'applique aux 27 États membres, à l'Islande, au Liechtenstein, à la Norvège et à la Suisse. Pour le Royaume-Uni, l'accord de commerce et de coopération reprend l'essentiel de ces règles pour les retraites.

Quatre principes

  1. Chaque pays verse sa pension. Il n'y a pas de pension européenne unique. Vous recevrez autant de pensions de base que de pays où vous avez des droits, plus les complémentaires de chacun.
  2. Chaque pays garde son âge de départ. Vous pouvez percevoir votre pension française à l'âge légal français, puis votre pension allemande à l'âge légal allemand, plusieurs années plus tard.
  3. Totalisation pour l'ouverture et le taux. Chaque pays tient compte des périodes accomplies dans les autres États pour vérifier une durée minimale ou déterminer le taux de la pension.
  4. Proratisation pour le montant. Chaque pays ne paie que la part correspondant à ses propres périodes.

Le double calcul

Chaque pays calcule deux montants et verse le plus élevé :

  • le montant national (ou autonome), calculé avec ses seules règles et ses seules périodes, quand la loi nationale suffit à ouvrir le droit ;
  • le montant proratisé : une pension théorique, comme si toute la carrière européenne avait été accomplie dans ce pays, multipliée par la part des périodes réellement accomplies chez lui.

Montant proratisé = Mention théorique x Périodes dans ce pays / Total des périodes UE

En France, le montant proratisé est souvent plus avantageux : les trimestres européens permettent d'atteindre le taux plein, alors que le calcul national seul appliquerait une décote.

Exemple

Sophie, née en 1964, a travaillé 9 ans en Allemagne (36 trimestres) puis 34 ans en France (136 trimestres). Sa génération doit justifier de 170 trimestres pour le taux plein.

  • France : avec ses seuls 136 trimestres, elle subirait une décote. Avec la totalisation, elle en compte 172 : elle obtient le taux plein. La pension théorique est calculée comme pour une carrière complète en France, puis multipliée par 136/172, la part française de sa carrière.
  • Allemagne : la Deutsche Rentenversicherung verse une pension pour ses 9 années, à l'âge légal allemand.
  • Complémentaires : Agirc-Arrco pour la France, et le cas échéant la retraite d'entreprise allemande.

Les périodes de moins d'un an

Si vos périodes dans un pays totalisent moins d'un an et n'ouvrent aucun droit selon la loi de ce pays, celui-ci ne verse rien. Ces périodes ne sont pas perdues pour autant : les autres pays les prennent en compte dans leur propre calcul, comme si elles avaient été accomplies chez eux.

Pays liés par une convention bilatérale

Hors de l'espace européen, la France a signé des conventions de sécurité sociale avec une quarantaine de pays et territoires. Chacune a son propre contenu : il faut lire celle du pays concerné, pas raisonner par analogie.

Quelques exemples de pays couverts

  • Amérique : États-Unis, Canada, Québec (convention distincte de celle du Canada), Chili, Argentine, Brésil, Uruguay.
  • Afrique : Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Mali, Cameroun, Bénin, Togo, Niger, Mauritanie, Madagascar, Congo, Cap-Vert.
  • Asie et Moyen-Orient : Japon, Inde, Philippines, Israël, Turquie.

La liste à jour et le texte de chaque convention sont publiés par le CLEISS.

Ce qu'une convention peut prévoir

  • la totalisation des périodes pour ouvrir le droit ou atteindre le taux plein ;
  • le versement de la pension dans l'autre pays sans réduction ;
  • le détachement, qui permet de rester affilié au régime français pendant une mission limitée ;
  • une demande de retraite coordonnée, transmise d'une caisse à l'autre.

Ce qu'il faut vérifier

  • Le champ des régimes. Une convention peut couvrir le régime général sans couvrir tous les régimes français, ni les retraites complémentaires.
  • Le champ des personnes. Certaines conventions anciennes sont réservées aux ressortissants des deux pays.
  • L'absence de totalisation triangulaire. Des périodes accomplies dans deux pays tiers, chacun lié à la France par sa propre convention, ne s'additionnent pas entre elles.

Le cas des États-Unis

La Social Security américaine exige en principe 40 « crédits » (environ 10 ans) pour ouvrir un droit. Grâce à la convention, un assuré qui n'a que quelques années aux États-Unis peut faire valoir ses trimestres français pour atteindre ce seuil, sous réserve d'un minimum de crédits américains. La pension américaine est alors calculée au prorata.

Pays sans convention : protéger ses années

Émirats arabes unis, Singapour, Hong Kong, Australie, Nouvelle-Zélande, Chine pour la retraite : dans les pays sans convention couvrant les pensions, il n'existe aucune coordination.

  • Les périodes étrangères ne comptent pas pour votre taux plein en France.
  • Le pays d'emploi applique ses seules règles. Certains n'ont pas de retraite publique pour les étrangers, d'autres versent un capital au départ.
  • Une carrière de 10 ans hors convention peut donc se traduire, en France, par 40 trimestres manquants et une décote.

Trois outils permettent de limiter ce trou.

L'assurance volontaire vieillesse (CFE)

Tout expatrié, salarié ou non-salarié, peut cotiser volontairement à la retraite de base française par l'intermédiaire de la Caisse des Français de l'étranger (La retraite en clair). Les cotisations sont reversées à la CNAV, qui valide des trimestres et reporte des revenus comme pour un salarié en France.

  • Salarié : un salarié qui relevait du régime général depuis au moins 6 mois à son départ doit en principe demander son adhésion dans les 6 mois suivant sa radiation.
  • Sinon : il faut avoir relevé d'un régime d'assurance maladie français pendant au moins 5 ans, et demander l'adhésion dans les 10 ans qui suivent le début de l'activité à l'étranger.
  • Coût : la cotisation dépend d'une catégorie de revenu fixée à l'adhésion. Elle se cumule avec les cotisations obligatoires du pays d'emploi.
  • Intérêt : fort pour les longues expatriations hors convention ; plus discutable si les années étrangères sont couvertes par une totalisation.

Le rachat de périodes passées

Un assuré qui n'a pas adhéré à temps peut, sous conditions, racheter des périodes d'activité salariée à l'étranger auprès de sa caisse, dans les 10 ans qui suivent la fin de cette activité. Le coût dépend de l'âge et des revenus, comme pour un rachat de trimestres d'études.

La retraite complémentaire

Les salariés expatriés peuvent aussi cotiser à l'Agirc-Arrco par l'intermédiaire de Malakoff Humanis International (ex-CRE et Ircafex), via leur employeur ou à titre individuel. Il faut soit avoir déjà cotisé à l'Agirc-Arrco, soit cotiser à l'assurance volontaire de la CFE.

Détachement ou expatriation : ce qui change

Le statut sous lequel vous êtes parti compte autant que le pays.

DétachementExpatriation (contrat local ou expatrié non détaché)
Régime de retraiteVous restez affilié au régime françaisVous relèvez du régime du pays d'emploi
Trimestres françaisValidés normalementNon validés, sauf assurance volontaire
Cotisations dans le pays d'accueilEn principe non, grâce au certificat de détachementOui, obligatoires
DuréeLimitée : 24 mois dans l'espace européen, variable selon les conventionsIllimitée
Retraite à termeUne pension française, comme sans départUne pension du pays d'emploi + la pension française pour les autres périodes

Le détachement est le cas le plus simple : votre carrière reste française. L'expatriation crée une pension étrangère, coordonnée ou non selon le pays.

Le détachement suppose un certificat (formulaire A1 dans l'espace européen, formulaire propre à chaque convention ailleurs). Sans certificat, l'affiliation au pays d'accueil s'applique par défaut. Dans un pays sans convention, un « détachement » au sens strict n'existe pas : l'employeur peut maintenir l'affiliation française, mais la double cotisation est alors fréquente.

Ce que les périodes étrangères changent pour la retraite française

Les années à l'étranger n'ont pas le même effet sur chaque paramètre de votre pension française.

Paramètre françaisPériodes UE, EEE, SuissePériodes sous conventionPériodes sans accord
Ouverture du droitPrises en compteSelon la conventionNon
Taux plein, décotePrises en compte (totalisation)Selon la conventionNon
Montant versé par la FranceSeuls les trimestres français sont payés (prorata)IdemSeuls les trimestres français
Salaire annuel moyenRevenus français uniquementRevenus français uniquementRevenus français uniquement
Âge légalÂge français, quel que soit l'âge étrangerIdemIdem

Trois points méritent une attention particulière :

  • Le salaire annuel moyen reste français. Les 25 meilleures années ne comprennent que des revenus déclarés en France. Des salaires élevés à Londres ou à Zurich n'améliorent pas votre SAM.
  • Le minimum contributif est proratisé. En cas de totalisation, il est calculé au prorata de la carrière française, et les pensions étrangères entrent dans l'appréciation du plafond d'écrêtement.
  • L'ASPA n'est pas exportable. L'allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse) suppose de résider en France. Un retraité aux petites pensions qui s'installe à l'étranger la perd.

La surcote, enfin, ne se gagne qu'avec des trimestres français cotisés après l'âge légal et une fois le taux plein atteint.

Demande, versement et certificat de vie

Où déposer sa demande

Votre situationOù déposer
Carrière dans l'espace européen, résidence dans un État membreAuprès du régime de votre pays de résidence, si vous y avez travaillé. Il transmet la demande aux autres pays
Résidence dans un État où vous n'avez jamais travailléAuprès du régime du dernier pays européen d'emploi
Carrière dans un pays sous conventionGénéralement auprès de la caisse française, qui transmet selon la convention
Carrière dans un pays sans accordSéparément, auprès de chaque caisse, selon les règles de chaque pays

Côté français, la demande unique en ligne sur info-retraite.fr couvre tous les régimes français. Elle ne remplace pas les démarches propres aux caisses étrangères hors coordination.

Anticipez : l'instruction d'un dossier international prend plusieurs mois, le temps que les pays échangent les relevés de carrière. Déposez votre demande 6 mois avant la date de départ souhaitée, et vérifiez dès 55 ans que vos périodes étrangères apparaissent dans votre relevé.

Le versement

Chaque pays verse sa pension séparément, à son propre calendrier et dans sa propre devise. Une pension étrangère perçue en France est exposée au risque de change : une pension suisse ou britannique varie en euros d'un mois à l'autre.

Le certificat de vie

Si vous vivez à l'étranger, vos caisses françaises peuvent vous demander chaque année une preuve d'existence, quelle que soit votre nationalité. Un seul certificat vaut pour toutes les caisses françaises (Service-Public). Sans réponse dans les délais, le versement peut être suspendu.

La preuve peut être apportée par l'application Mon certificat de vie, par reconnaissance biométrique, ou par un certificat visé par une autorité locale et transmis via info-retraite.fr. À partir du 1er janvier 2028, la reconnaissance biométrique deviendra obligatoire (justice.fr / Service-Public). Dans certains pays, un échange automatique de données d'état civil dispense de cette démarche.

Fiscalité : qui impose quoi ?

La convention de sécurité sociale dit qui paie la pension. C'est la convention fiscale entre les deux pays qui dit qui l'impose. Les deux textes sont distincts, et un pays peut avoir l'un sans l'autre.

La règle générale des conventions fiscales

Type de pensionImposition en principe
Pension privée (régime de base de salarié, complémentaire, retraite d'entreprise)Dans l'État de résidence du retraité
Pension publique (ancien fonctionnaire ou agent public)Dans l'État payeur, sauf si le retraité réside dans l'autre État et en a la nationalité

Chaque convention peut déroger à cette règle. Il faut toujours vérifier le texte applicable, publié sur impots.gouv.fr.

Vous résidez en France et percevez une pension étrangère

Toutes vos pensions étrangères se déclarent en France, même si elles ne sont pas imposables en France, sur le formulaire 2047 puis sur la déclaration 2042 (impots.gouv.fr) :

  • Cases 1AM à 1DM : pensions étrangères imposables en France. Elles entrent dans le barème, avec l'abattement de 10 %.
  • Cases 1AL à 1DL, avec report en case 8TK : pensions que la convention attribue à l'autre État, mais qui se déclarent en France. Un crédit d'impôt égal à l'impôt français neutralise l'imposition. Elles comptent pour déterminer le taux applicable à vos autres revenus.

L'impôt éventuellement prélevé à l'étranger sur une pension imposable en France doit être récupéré auprès de l'administration étrangère, en justifiant de votre résidence française. Il ne se déduit pas de l'impôt français.

CSG et CRDS sur les pensions étrangères

Le critère n'est pas fiscal : il dépend de votre affiliation à l'assurance maladie française.

  • Vous êtes à la charge de l'assurance maladie française, par exemple parce que vous percevez aussi une pension française : vos pensions étrangères supportent la CSG, la CRDS et la Casa. Elles se déclarent sur la 2047 (rubrique dédiée) et la 2042 C, et les contributions sont prélevées une fois par an par voie de rôle.
  • Vous ne percevez que des pensions d'un autre État européen, qui prend en charge vos soins (formulaire S1) : pas de CSG en France sur ces pensions.

Si votre pension étrangère supporte déjà des cotisations maladie dans le pays payeur alors que vous êtes affilié en France, demandez-en l'arrêt à la caisse étrangère.

Vous résidez à l'étranger et percevez une pension française

Si la convention attribue l'imposition à la France (pensions publiques, ou pays sans convention fiscale), la pension supporte une retenue à la source spécifique. Après un abattement de 10 %, elle est calculée par tranches : pour 2025, 0 % jusqu'à 17 122 €, 12 % jusqu'à 49 667 €, 20 % au-delà (impots.gouv.fr, fiche 03-2026).

L'impôt définitif est ensuite calculé au barème, avec un taux minimum de 20 % jusqu'à 29 579 € de revenus 2025, puis 30 % au-delà. Le retraité peut opter pour le taux moyen, calculé sur son revenu mondial, s'il est plus favorable ; l'administration recommande de toujours cocher cette option.

Si la convention attribue l'imposition au pays de résidence (cas courant des pensions privées), la caisse française peut vous dispenser de retenue sur présentation d'une attestation de résidence fiscale (formulaire 5000).

Le cas de la Suisse : AVS et LPP

Frontaliers et anciens salariés en Suisse forment l'un des premiers contingents de retraités à carrière internationale. La Suisse applique la coordination européenne, mais son système à trois piliers crée des situations spécifiques.

PilierNatureCe qu'il faut savoir
1er pilier : AVSRetraite publique par répartitionUne année de cotisation suffit pour ouvrir un droit. La rente est partielle si la carrière suisse est incomplète. Elle est versée en France sans réduction
2e pilier : LPPPrévoyance professionnelle par capitalisationVersée en rente ou en capital. La part obligatoire ne peut pas être retirée en capital avant la retraite si vous êtes assuré dans un État de l'UE
3e pilierÉpargne individuelle facultativerelève des règles propres à chaque contrat

La part obligatoire de la LPP reste bloquée

Un salarié qui quitte la Suisse pour s'installer dans l'UE et y relève de la sécurité sociale ne peut pas retirer en capital la part obligatoire de sa LPP. Elle reste sur un compte de libre passage jusqu'à la retraite. La part surobligatoire, elle, peut en principe être retirée au départ.

Fiscalité pour un retraité résidant en France

Selon la convention fiscale franco-suisse, les pensions privées sont imposables en France, État de résidence.

  • Rente AVS et rente LPP : imposables en France au barème, avec l'abattement de 10 %.
  • Capital LPP : imposable en France. Sur option et sous conditions (versement unique, liquidation au plus tôt à l'âge de la retraite), il peut bénéficier d'un prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % après abattement de 10 % (article 163 bis du CGI).
  • Impôt à la source suisse : la Suisse prélève un impôt sur le capital versé à un non-résident. Il est remboursable sur présentation d'une attestation de résidence fiscale française, dans un délai de 3 ans.
  • Pensions publiques suisses (ancien agent d'une administration suisse) : imposables en Suisse, sauf exception de nationalité. Elles se déclarent en France avec le crédit d'impôt 8TK.

Si vous relevez de l'assurance maladie française, rentes et capital suisses supportent en outre la CSG, la CRDS et la Casa.

Les idées reçues

Idée reçueRéalité
« Mes cotisations étrangères seront transférées en France. »Non. Chaque pays garde ses cotisations et verse sa propre pension.
« Mes années à l'étranger sont perdues. »Pas dans l'espace européen ni, en général, dans les pays sous convention : elles comptent pour le taux plein en France. Elles ne sont perdues pour la France que hors de tout accord.
« Grâce à la totalisation, la France me paiera toute ma carrière. »Non. La totalisation sert à ouvrir le droit et à fixer le taux. La France ne paie que ses trimestres.
« Je toucherai toutes mes retraites au même âge. »Non. Chaque pays applique son propre âge légal.
« Moins d'un an dans un pays européen, c'est inutile. »Ce pays ne vous versera peut-être rien, mais les autres pays prendront ces périodes en compte.
« Canada, Japon et France : tout s'additionne. »Non. Les conventions bilatérales ne permettent pas de totaliser les périodes de deux pays tiers entre elles.
« Ma pension étrangère n'a pas à être déclarée en France. »Si. Toute pension étrangère d'un résident français se déclare, même quand elle est imposée à l'étranger.
« Si je pars vivre à l'étranger, je ne paierai plus d'impôt français sur ma retraite. »Pas forcément. Les pensions publiques restent en général imposables en France, et les pays sans convention fiscale laissent la France imposer.

FAQ

Mes trimestres étrangers apparaissent-ils sur mon relevé de carrière français ? Non, en général. Le relevé français ne montre que les périodes françaises. Les périodes étrangères sont échangées entre caisses au moment de la demande. Rassemblez dès maintenant vos justificatifs étrangers : bulletins de salaire, relevés de la caisse étrangère, numéro d'assuré.

Puis-je demander ma retraite française avant l'âge de départ dans l'autre pays ? Oui. Chaque pays liquide sa pension à son propre âge. Vous percevrez la pension française d'abord, la pension étrangère plus tard, ou l'inverse.

Le Royaume-Uni est-il encore couvert après le Brexit ? Oui pour l'essentiel. L'accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni maintient la totalisation et le versement des pensions pour les retraites.

Faut-il cotiser à la CFE pendant une expatriation dans l'UE ? Rarement. Les périodes européennes comptent déjà pour votre taux plein en France. L'assurance volontaire améliore surtout le montant de la pension française, au prix d'une double cotisation.

Qui contacter pour une question précise ? Votre caisse de retraite française pour vos droits, le CLEISS pour le texte des règlements et des conventions, et le centre des impôts des non-résidents pour la fiscalité si vous vivez à l'étranger.

En résumé

Une carrière internationale se lit en trois temps :

  1. Qui me doit quoi ? Chaque pays verse sa pension. L'espace européen coordonne tout, les conventions bilatérales coordonnent au cas par cas, les autres pays ne coordonnent rien.
  2. Mes années étrangères comptent-elles en France ? Pour le taux plein, oui dans l'espace européen et le plus souvent sous convention. Pour le montant versé par la France, jamais. Hors accord, seules l'assurance volontaire et le rachat les protègent.
  3. Où suis-je imposé ? La convention fiscale répartit l'impôt : pensions privées dans le pays de résidence, pensions publiques dans le pays payeur, en règle générale. Toute pension étrangère d'un résident français se déclare en France.

Plus votre carrière a traversé de frontières, plus il est utile de reconstituer tôt votre relevé complet, pays par pays.

Les règles et montants mentionnés dans cet article correspondent aux paramètres applicables en 2026. La réglementation des retraites est susceptible d'évoluer. Cet article est à caractère général et informatif ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.