Un serment d’Hippocrate pour les banquiers ?

Un serment d’Hippocrate pour les banquiers

Les trimestres se succèdent et ne se ressemblent guère.

Côté performance d’abord. Les quatre premiers mois de 2019 ont permis de faire oublier rapidement un dernier trimestre 2018 qui restera comme l’un des plus violents des 10 dernières années. Ce type d'épiphénomène a la vertu de nous rappeler qu’investir sur le long terme oblige à regarder loin sans se laisser absorber par les excès du moment. Vis-à-vis des fonds patrimoniaux, nos profils restent dans les 5 % les plus performants à risque égal : notre allocation réactive et nos frais nettement plus bas continuent de nous positionner sur les meilleurs niveaux.

Côté client également. Vous êtes désormais plus de 12 000 à nous faire confiance et nous gérons pour vous plus de 120 millions d’euros. Et nous constatons trimestre après trimestre que leur profil évolue. Aux jeunes trentenaires souvent banquiers, développeurs informatiques, consultants qui nous font confiance depuis le début (sans vous rien n’aurait été possible. Merci !) sont venus s’ajouter un nombre important de chefs d’entreprises, de médecins et de professions libérales avec des dépôts initiaux plus conséquents. Nous répondons pour eux à des questions et des besoins plus divers comme par exemple avec le lancement de notre satellite Gestion Active. Mais avec un point cardinal systématique sur la probité et l’indépendance des conseils. Comme si cela n’était pas la norme dans nos métiers. Pourquoi une telle défiance ?

Les médecins ont leur serment d’Hippocrate, les pharmaciens leur serment de Galien. Plus généralement les experts-comptables, les commissaires aux comptes, les architectes, les notaires, les avocats ou bien encore les postiers prêtent serment lorsqu’ils sont nommés. Pas les banquiers. L’idée peut en faire sourire certains. Elle pourrait même apparaître cynique en ces jours troublés où l’on ne fait que lire les revendications et slogans des mouvements sociaux en cours. Et pourtant, la banque est un service universel, utile à tous. Il doit être mis en oeuvre avec probité et transparence. L’idée d’un serment dédié aux banquiers avait été évoquée en Grande Bretagne ou en Australie sans jamais avoir vu le jour. Seuls les Pays-Bas l’ont mise en oeuvre. Si je regarde la nouvelle génération de conseillers bancaires, de gérants privés, de gérants de fonds, je vois pourtant dans leur discours l’envie de revaloriser ce métier abîmé par des excès en tous genre et les promesses non tenues. Très concrètement Yomoni reçoit tous les mois des dizaines de propositions de compétences avec une envie récurrente : faire de la finance autrement. Être vraiment utile pour le client. Se sentir libre d’exprimer ses compétences et son savoir sans la contrainte de la rentabilité immédiate pour la banque du produit vendu ou de la marge trop bien négociée. Faire un métier dont on est fier de l’utilité et pas uniquement pour le pouvoir d’achat qui y est associé. Et pour cela ils fuient ou renâclent à intégrer les réseaux des grandes banques.

Que s’est-il donc passé pour un tel divorce ?

Le banquier a toujours navigué entre l’acte du commerçant et le discours du conseiller. Avec deux asymétries sur son client : une expertise forte et le pouvoir d’octroyer un crédit. Il n’est pas toujours aisé de jauger ce qui est un simple acte de vente bien négocié en faveur de la banque de ce qui est un conseil éclairé et expert. Le jargon est là pour brouiller un peu plus les frontières et les offres de produits pléthoriques, où pour avoir l’un il serait bien d’acheter l’autre également… Oui mais la révolution digitale est en train de passer par là. Les comparaisons sont désormais légions et argumentées. La compréhension vient avec. Le vendeur se sent dès lors toujours plus nu lorsqu’il s’agit de justifier telles ou telles recommandations qui peuvent apparaître biaisées ou peu favorables à son client.

La banque est également toujours partagée entre son rôle de producteur mais aussi de distributeur de produits financiers. Cette dualité est l’essence même de sa rentabilité et pousse immanquablement ses réseaux dans leur rôle de simple vendeur des produits maison. Il est donc indispensable de ré-inventer et de donner accès au conseiller financier indépendant en alternative à ces grands réseaux d’un autre temps. Certains conseillers en gestion de patrimoine s’y appliquent. La réglementation accumule texte sur texte pour contraindre à l’utilisation de bonnes pratiques. Les associations de conseillers en gestion de patrimoine publient toutes des codes de bonnes conduites. Mais l’éthique doit être inscrite dans le fondement même de nos sociétés de gestion et de conseil.

“Pesez les serments avec des serments et vous pèserez le néant” disait Shakespeare. Le jeu du serment est bien fragile et seuls les actes feront autorité dans la durée. Il pourrait être sans doute utile aux plus jeunes pour s’opposer demain à un contexte ou une hiérarchie aux intérêts divergents ? En jouant avec celui d’Hippocrate imposé aux impétrants du corps médical, il est facile d’imaginer ce qui pourrait être le nôtre.

“Au moment d’être admis(e) à exercer le métier de gérant ou conseiller financier, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé financière dans tous ses éléments, au passif et à l’actif, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les intérêts de mes clients.

J’informerai les clients des décisions envisagées, de leurs raisons, de leur coût et de leurs conséquences.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des connaissances et circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes conseils à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services  qui me seront demandés.

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.”

À l’heure où la raison d’être vient s’imposer dans la définition de chaque société, où l’Investissement Socialement responsable décolle, où le rôle et l’utilité de chacun doivent se redéfinir dans l’espace public, de plus en plus de gérants et de conseillers souhaitent mettre l’éthique au coeur de leur fonctionnement.

Nous sommes convaincus que les 3 valeurs profondes de Yomoni, Simplicité, Efficacité et Transparence, sont un bon départ vers un partage de valeur vertueux et intelligent. Celui-ci doit donner aux sociétés de gestion les moyens de délivrer un service de qualité en attirant les meilleurs talents et en même temps offrir aux clients la meilleure rétribution possible de leurs prises de risque en limitant au maximum la ponction récurrente des frais. La route est longue mais le chemin est le bon !

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