Pourquoi la dette publique n’est peut-être pas un problème

A l’heure où les pays les plus avancés dans la gestion de la crise sanitaire qui frappe le monde depuis le début de l’année commencent à mettre en œuvre, ou à préparer, des stratégies de déconfinement, on peut s’interroger sur les tendances économiques qui vont émerger de la crise actuelle et sur les caractéristiques du monde d’après.

Quelles conséquences pour les entreprises ?

Beaucoup de questions vont demeurer ouvertes dans les prochains mois et trimestres, en ce qui concerne notamment les comportements des agents privés. Du côté des entreprises, de grandes disparités devraient se faire jour suivant les secteurs considérés. Certains d’entre eux pourront bénéficier d’efforts particuliers des pouvoirs publics (on pense à la santé évidemment) ou de nouveaux modes de consommation (achats en ligne par exemple).

D’autres seront en revanche certainement affectés encore longtemps, du fait d’une levée seulement progressive des mesures de distanciation sociale et des inconnues qui entourent encore le comportement des consommateurs d’après la crise sanitaire (loisirs impliquant des rassemblements humains importants, tourisme, transport aérien, hôtellerie et restauration…). Sans parler de la capacité de survie d’un certain nombre d’entre elles, soumises à un choc de demande d’une ampleur inégalée et à une possible désorganisation des chaînes de production.

Quel impact sur les ménages ?

Du côté des ménages, cette expérience unique dans l’histoire moderne aura certainement des effets sur les modes de consommation, mais il est bien difficile de les appréhender aujourd’hui. Les canaux de distribution dématérialisés devraient logiquement sortir renforcés de l’épisode de confinement. Toutefois, la nature des biens consommés pourrait également évoluer dans des directions difficiles à identifier aujourd’hui.

Côté états, des politiques budgétaires volontaristes

Concernant les pouvoirs publics, les choses apparaissent beaucoup moins incertaines. En ayant adopté des stratégies de soutien budgétaire massives aux économies durant la phase de confinement, visant à la fois les entreprises et les ménages, les Etats de la plupart des pays développés sortiront de la crise avec des situations financières nettement dégradées. Pour l’année 2020, les ratios de déficit publics sur PIB atteindront des records dans nombre de pays de l’OCDE, de même que les ratios de dettes sur PIB.

Ces stratégies ont été permises, sans provoquer jusqu’à présent de tensions significatives sur les marchés de capitaux où les Etats se financent, par l’action simultanée de la plupart des banques centrales, qui se sont affirmées comme des acheteurs en dernier ressort. Leur contribution a donc été, et demeure aujourd’hui encore, essentielle à la réussite des stratégies budgétaires très agressives menées par les gouvernements.

 L’économie européenne se « japonise »

L’évolution en cours dans la plupart des pays occidentaux développés rappelle ainsi beaucoup les tendances observées au Japon depuis plusieurs années, voire décennies : montée continue et importante de l’endettement public et implication de plus en plus forte des autorités monétaires dans le fonctionnement des marchés financiers. 

De ce point de vue, l’expérience japonaise permet de prendre quelques distances avec les scénarios catastrophistes avancés par certains. 

- D’une part, la montée de la dette publique ne s’est absolument pas traduite par une hausse des taux d’intérêt. Le cas de l’Europe est de ce point de vue assez similaire, car il s’agit d’une zone qui affiche, comme le Japon, des excédents extérieurs considérables. L’exemple italien démontre cependant qu’un minimum de solidarité européenne est nécessaire au maintien de coûts de financement faibles pour la dette publique.

- L’autre risque, avancés par certains analystes, concerne l’inflation. Ici aussi, l’exemple japonais montre bien que la hausse de l’endettement public n’a jamais conduit à une reprise de l’inflation. Il faut en outre garder en tête que le choc de la crise sanitaire actuelle est globalement plus déflationniste qu’inflationniste. 

Au total, l’exemple japonais nous montre que les limites à l’endettement public sont finalement encore assez lointaines pour l’Europe, et que la réduction des déficits passera certainement par un ajustement de la fiscalité, probablement très progressif une fois que la situation économique le permettra.

On fait connaissance ?

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