L’épargne environnementale

© Chappatte, Le Temps, Suisse - www.chappatte.com

Deux records récents inspirent notre message de rentrée, ceux des indices boursiers et ceux de la température mondiale. Tout d’abord, les marchés américains sont au plus haut, avec les valeurs technologiques qui marquent un nouveau record historique. Elles pointent désormais à plus de 160% de leur pic de Mars 2000, et sur le long-terme l’appréciation a été de 10% par an depuis 1971, année de création de l’indice Nasdaq qui rassemble les entreprises de forte croissance. L’autre record -moins festif- est celui de la température moyenne atteinte sur le continent Européen, avec une période mai-juillet la plus chaude jamais enregistrée depuis 150 ans, soit depuis le début des relevés Français, Allemands, Suisses ou et Danois.

Des similitudes entre indices boursiers et réchauffement climatique

Il y a une analogie à faire, entre ces deux records même s’il n’y a pas matière à causalité. Épargne financière et préservation environnementale reposent tous deux sur notre capacité à nous projeter dans le temps. La perspective commune est évidemment celle d’un bénéfice de long-terme face à une jouissance moindre mais immédiate.

  • Cette capacité de projection temporelle est intimement liée à la progression de notre niveau de vie. Les taux d’épargne élevés ont été identifiés par Robert Solow, il y a plus de soixante ans (1956) comme un déterminant essentiel du développement économique et des différences internationales de niveaux de vie. Ce travail  lui a valu un prix Nobel.
  • De même, cette capacité d’épargne joue sur la réussite individuelle. Le « Test du Marshmallow » sur les enfants de 4 à 6 ans, possède un fort pouvoir prédictif de la réussite scolaire, la situation sociale ou la condition physique une fois adulte. Le test consiste à promettre à un enfant de recevoir deux friandises dans un quart d’heure, s’il ne dévore pas celle laissée devant lui sur la table durant cette attente. Difficile de résister, même si cette épargne sera rémunérée à un taux de 100% !

Ce serait finalement simple, si la préservation de notre environnement naturel se résumait à un choix de long-terme vs. court-terme, comme celui de notre patrimoine financier. Le réchauffement climatique en cours (Climato-sceptiques, cliquez ici) ne serait essentiellement qu’un mauvais moment à passer avant que notre apprentissage ne fasse évoluer notre comportement vers une plus forte « épargne environnementale ». Or, la préservation de notre environnement pour le futur n’est pas aussi triviale que celle de nos finances ou de notre capital santé, il y a donc des raisons de ne pas être aussi optimiste sur l’évolution future du climat. En effet, contrairement au patrimoine financier, le patrimoine environnemental, en particulier l’air qui nous entoure, est un bien commun. Son devenir dépend donc du comportement collectif, pas simplement de nos choix individuels.

Les prisonniers et l’environnement

Imaginons un jeu entre Emmanuel et Donald, deux amis industriels qui doivent choisir à chaque tour, une production Verte (Coûteuse mais qui préserve l’environnement) ou Grise (Économique mais polluante), sans connaître le choix de l’autre. Les quatre configurations possibles sont les suivantes :

  1. Emmanuel et Donald choisissent Vert, ils reçoivent 10 euros de profit immédiatement, et l’année suivante l’air est respirable pour tous les deux. Le gain collectif est alors de 20 euros.
  2. Emmanuel joue Vert et Donald joue Gris, Emmanuel n’écoule pas sa production chère, il reçoit 0, Donald reçoit immédiatement 30 euros. Mais l’année suivante l’air est pollué et nécessite l’achat de masque à 10 euros pour chacun. Le gain collectif est alors de 10 euros.
  3. Emmanuel joue Gris et Donald joue Vert, Emmanuel reçoit immédiatement 30 euros, Donald n’écoule pas sa production chère, il reçoit 0. Mais l’année suivante l’air est pollué et nécessite l’achat de masque à 10 euros pour chacun. Le gain collectif est alors de 10 euros.
  4. Emmanuel joue Gris et Donald joue Gris, Emmanuel et Donald reçoivent immédiatement 15 euros chacun, mais l’année suivante l’air est irrespirable et nécessite l’achat de masque à 20 euros pour chacun. Le gain collectif est alors négatif de 10 euros.

Avec un gain collectif de vingt euros, la solution 1 est la plus préférable collectivement. Or, ce n’est pas un équilibre de long-terme, car la situation n’est pas stable. Au tour suivant, chaque joueur aura intérêt à tirer la couverture à soi, en choisissant Gris pour un bénéfice immédiat a priori supérieur, avec les conséquences de la pollution subie collectivement. Mais l’action simultanée sur Gris, précipitera nos deux amis dans une situation sous-optimale, de sur-pollution néfaste pour tous avec une perte collective de dix euros. Malheureusement cette situation est stable, car personne n’a intérêt à changer son choix. En choisissant une production Verte de manière isolée, chacun renoncerait à une partie de son bénéfice immédiat, au risque de continuer à subir la pollution générée par son voisin qui resterait Gris.

  • Ici, les choix réfléchis entre court et long-terme, d’acteurs bien informés aboutissent à une situation collectivement désastreuse. Sans une coordination entre les deux amis reposant sur une forte relation de confiance, la situation optimale -de produire Vert de manière permanente- n’est pas atteignable. A défaut de cette relation de confiance, il reste évidemment une contrainte externe qui les y obligerait. Mais Donald et Emmanuel, comme nous tous, chérissent leur liberté individuelle.
  • On retrouve le fameux « dilemme du prisonnier » énoncé en 1950 par John Nash, mathématicien et autre prix Nobel (1994) qui a formalisé la Théorie des Jeux. Il en résulte que l’intérêt collectif n’est pas toujours la simple résultante de la poursuite de l’intérêt personnel. Individuellement, chacun possède un intérêt à profiter au maximum des ressources naturelles, or tout le monde préfèrerait préserver son environnement, et « l’épargner » pour un bénéfice futur. La solution pour sortir de l’équilibre sous-optimal, et de créer des passerelles intermédiaires. Un peu comme pour sortir un véhicule enlisé. Dans notre exemple, instaurer un partage des profits à parts égales quelle que soit la production choisie rend la situation 4 instable. Personne ne souhaite partager 10 euros de perte, alors que 10 euros de gains sont atteignables en mettant sa propre production au Vert. Désormais, les acteurs convergent vers la situation 1 qui est devenue stable.

Pour conclure, l’action d’épargner notre environnement, au sens de le préserver et de le faire fructifier pour nous et les générations futures devra être collective et appliquée sur le long-terme. Cela ne se fera pas de soi, il faudra donc innover pour motiver des comportements coopératifs.

Initier l’action collective

Il existe des ETF-ISR (Investissement Socialement Responsable) qui excluent les entreprises dont l’impact social et environnemental est fortement négatif. Ils font le pari qu’à long-terme i) le choix des actionnaires génèrera des décisions managériales plus responsables et ii) les entreprises gérées de cette manière seront les plus rentables. Aujourd’hui, l’étendue de ces ETF-ISR est suffisant pour construire l’ensemble de nos allocations. Nos propos mensuels n’ont jamais eu une finalité normative ni catastrophiste. Ce mois-ci, nous vous demandons simplement d’exprimer individuellement vos préférences, pour que nous jouions ce jeu de manière “collective”, car nous ne ferons rien sans vous.

En matière de “placements durables”, quelle serait votre préférence ? 

  1. L’investissement "Socialement Responsable" ne m’intéresse pas.
  2. Je souhaite que les placements choisis par Yomoni dans MON portefeuille soient respectueux des normes ISR.
  3. Je souhaite que Yomoni applique les normes ISR aux portefeuilles de TOUS ses clients.

Merci pour votre participation et rendez-vous le mois prochain pour les conclusions de ce sondage qui nous permettra de préparer 2019.

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