À la reconquête de l'infini

Infini

En 2014, l’expédition européenne Rosetta avait réalisé l’exploit de poser une sonde sur la minuscule comète Tchouri à l’issue d’un parcours de huit milliards de kilomètres en dix ans. Les Européens annonçaient ainsi des découvertes sur la naissance du système solaire et les possibles origines de l’eau sur la terre. La semaine dernière, un engin autonome américain atterrissait sur Mars pour en étudier les profondeurs pour des découvertes qu’on nous promet inédites. Quatre ans plus tard, les Américains reprennent donc le devant de la scène. À l’instar, des statistiques footballistiques, on reste difficilement Champion de l’Espace très longtemps, on n’est vraiment pas pressé d’être en 2022.

Toutes considérations footballistiques mises à part, cette prolifération d’expéditions « robotisées » dans l’espace nous donne à réfléchir, et amène deux interrogations de long-terme, comme de coutume dans la Longue Vue :

  1. Tout d’abord, pourquoi les extra-terrestres des romans et des films de science-fiction sont-ils systématiquement des espèces vivantes inédites, et jamais des robots ? Pourtant, vu la faiblesse de nos capacités de survie dans l’espace, il parait assez clair que la tendance à utiliser des robots dans l’espace, ne va pas s’inverser de sitôt. Par conséquent, toute éventuelle rencontre avec des extra-terrestres se fera probablement par robots interposés de part et d’autre.
  2. La conquête spatiale pourrait-elle enfin reprendre ? En 1969, au terme d’une course effrénée, le premier homme marchait sur la Lune, ouvrant la voie à des attentes incroyables. Cinquante ans plus tard, nos vies sont restées tristement terrestres en dépit de nos séries TV futuristes. Tant pis pour ceux qui rêvaient de joyeuses colonies sur la lune, de voyages intergalactiques, et il n’y a que Siri pour consoler les fans de K2000. Le purgatoire des désillusions sera-t-il fini, et nos robots nous ouvreraient-il à nouveau le chemin des étoiles ?

Sur une perspective longue, cette dernière question laisse présager d’importants changements structurels. L’an passé, nous avions remarqué que contrairement à la perception commune,le temps n’accélérait pas et que le progrès technique avait eu tendance à ralentir. Depuis cinquante ans, il y a de moins en moins d’avancées qui transforment nos modes de vie, en revanche, il y a de plus en plus d’interruptions dans notre quotidien qui nous créent l’illusion d’une frénésie. Les cinquante prochaines années seront peut-être différentes.

À l’heure où l’on célèbre le centenaire de l’Armistice, il faut aussi se souvenir qu’à cette époque la physique est alors la reine des sciences. Lorsque Einstein publie en 1915, son traité sur la relativité générale formalisant ses intuitions et celles d’illustres savants avant lui, la science est en pleine effervescence depuis cinquante ans. Les savants de l’époque -connus même du grand public -sont les nouveaux explorateurs d’un univers qui fascine. Les Poincaré, Lorenz, Curie, Planck, Bohr, Schrödinger, etc, s’éclatent sur deux dimensions : l’infiniment grand et l’infiniment petit.

L’Armistice interrompt la guerre, mais pas les avancées techniques, bien au contraire. 1918 sera suivi d’un demi-siècle de progrès techniques issus de cette épopée scientifique, évidemment, ces découvertes ne seront pas forcément utilisées à bon escient durant ce siècle turbulent. Entre 1918 et 1968, on verra autant de réalisations de l’ordre du gigantesque (construction, transports, aéronautique, conquête spatiale, etc.) que de l’ordre du minuscule, voire du microscopique (chimie, bactériologie, électronique, nucléaire, etc.). La suite n’est pas aussi symétrique.

  • D’un côté, on arrivait à l’âge d’or des grandes réalisations techniques et technologiques, avec par exemple le paquebot géant Queen Mary 2 (1968), l'énorme Boeing 747 (1969), les hyper-rapides Concorde (1969), train Shinkansen (1964), le tout couronné par les pas lunaires de Neil Armstrong en 1969. Aujourd'hui, on ne construit plus de bateaux transatlantiques, le Concorde ne vole plus, la dernière mission lunaire date de 1972, les trains à grande vitesse sont légion mais la vitesse n'a augmenté que de 1 % par an, et le 747 n’a été détrôné en taille par l’A380 qu’au bout de 40 ans.
  • De l’autre, les découvertes dans l’infiniment petit ne feront que s’accélérer après la découverte de l’ADN (1953), du Laser (1960), des montres à quartz (1967), des micro-processeurs (1969), et bien sûr des premiers messages Internet (1969).

Ainsi, ces découvertes « minuscules » sont à l’origine de l’essentiel des transformations notre quotidien par rapport à celui de nos parents. Le choc pétrolier des années 70, est évidemment un facteur déclencheur de cette rupture, puisque les réalisations de l’infiniment grand, comme la conquête spatiale sont très gourmandes en énergie. Or sur une perspective longue d’une cinquantaine d’années, il est probable que le challenge énergétique sera relevé d'autant que le défi climatique ne nous laisse pas le choix. Par ailleurs, la poursuite du progrès sur une seule direction n’est pas assurée, puisqu’elle dépend de la persistance de la loi de Moore (i.e. amélioration des capacités électroniques), dont la fin est attendue d’ici dix ans. Dans ces conditions, il est probable, voire souhaitable que les prochaines frontières de découverte se trouvent davantage dans l'infiniment grand que dans l'infiniment petit.

Aujourd’hui, les progrès actuels de la robotique permettraient de contourner le facteur limitant de la fragilité physique des humains durant les trajets spatiaux. Le facteur énergie reste une barrière importante, mais la tendance est plutôt prometteuse, puisque les coûts des mises en orbite (la phase la plus coûteuse) sont à nouveau en forte baisse. Avec l'apparition des « fusées discount » des nouveaux acteurs disruptifs, les coûts ont baissé de moitié en cinq ans. Le kilo satellisé s’approche désormais des USD3000 (SpaceX), alors qu’ils étaient à USD7500 en 2015 (Ariane), et USD40000 dans les années 1980. On peut parier que les nouveaux venus dans la concurrence internationale (Inde, Brésil, etc.) seront moteurs d'innovation et de démocratisation, dans un domaine où les Européens sont cette fois, très bien placés.

En bref, il vaut mieux suivre les tweets d’Elon Musk que ceux de Donald Trump, sur ces « minuscules » smartphones en attendant meilleurs cieux.

coût de mise en orbite


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